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Chroniques de la beauferie ordinaire

Commissaire Robitaille : « macabre découverte à Frontignan »

« En début d’après-midi vendredi 28 novembre, un corps a été rejeté par la mer dans le secteur de Frontignan-plage. C’est un promeneur qui a fait la macabre découverte, il s’agit du tronc d’un homme d’une trentaine d’années… Les policiers de Sète ont ouvert une enquête. L’hypothèse selon laquelle il pourrait s’agir du véliplanchiste disparu cet été a été rapidement écartée. » Une affaire pour le commissaire Robitaille. 

10h. Café de la Poste – Frontignan

Comme tous les dimanches matin, le café de la Poste ne désemplit pas. Avec son écran à Rapido, son papier peint aux motifs faisandés et son étalage de jeux à gratter, il revendique fièrement son statut de bar PMU. Derrière le bar, Roger, le propriétaire des lieux, s’affaire avec entrain : « Salut Jacky, alors tu l’as gagné ton concours de Tuning ? » « Eh Mich, t’as vu ce qu’il se passe au Kosovo ? Non Ko-so-vo, pas Auto-Moto » « Oui Marcel, je vais mettre Téléfoot ». De ces considérations philosophiques, le commissaire Robitaille n’en a cure. Arrivé de Paris la veille, il est là pour enquêter sur l’affaire du tronc, retrouvé sur une plage de la ville. Robitaille est un pragmatique, pas le genre à poser du lino. 10787 (3)D’une austérité à faire chialer une pierre tombale. Alors forcément, à la vue de l’énergumène, Roger ne put s’empêcher de l’ouvrir et de lui poser une question. « Eh qu’est-ce que je lui sers au nouveau ? ». Sans desserrer les mâchoires, Robitaille lui indiqua qu’un café serré fera l’affaire. Pas vraiment la réponse qu’attendait Roger, qui le relança avec sa gouaille habituelle  « et alors, on vient profiter des plages de la région ? Pas la meilleure saison, j’sais pas si vous avez ouvert le journal. Mais y’a le vieux Robert, qui a été retrouvé en morceaux sur la plage. On l’aimait pas trop le Robert, un cul-terreux et une vraie tête de con, mais quand même. Une vraie boucherie à ce qu’on m’a dit. J’espère que ces cons de flics retrouveront l’enculé qui a fait ça ». La tirade de Roger fut suivie d’un brouhaha sans nom, chacun y allant de son pronostic sur l’identité du tueur. Stoïque, Robitaille faisait tourner lentement la cuillère dans sa tasse de café. Ses yeux se levèrent progressivement vers Roger qu’il fixa quelques secondes. En arrière-plan, Michel y allait d’un couplet sur un suspect roumain tout en affirmant posséder un ami noir. D’un ton sec et cinglant, Robitaille se présenta et précisa la raison de sa venue dans ce « bled de sans dents ». Roger n’entendit même pas la dernière phrase, ses oreilles ayant cessé d’émettre au moment où il réalisa qu’il venait d’insulter un commissaire. Tremblant comme une professionnelle à l’église, il se confondît en excuse et proposa de lui offrir le café. Ce que Robitaille refusa immédiatement, par principe. Après avoir pris quelques renseignements sur l’identité de la victime auprès d’un Roger encore blême, Robitaille décida qu’il était grand temps de décarrer. Il paya la note et s’en alla sans mot dire. Pas du genre à beurrer les sandwichs qu’on vous dit.

11h. Scène du crime – plage de Frontignan

Après quelques minutes d’une marche rapide, Robitaille arriva à la plage de Frontignan, une étendue bétonnée charmante si l’on apprécie le ciment et autres agglomérés. C’est le brigadier-chef Pichard qui se chargea de l’accueillir. Ce dernier lui fit un rapide topo sur la situation : tronc retrouvé hier par une octogénaire qui promenait son chien. Victime : agriculteur du coin. Pas de témoins. Robitaille pris rapidement congé de Pichard. Il connaissait déjà tous ces éléments. Et comme si l’odeur du cadavre ne suffisait pimg001as, Pichard avait une haleine de persil périmé. Robitaille arriva devant le tronc. Il ne (le) cilla pas. Il fut néanmoins frappé par la symétrie de l’ouvrage. Un rectangle à la géométrie parfaite, de sorte que le tronc ressemblait à un césar vivant. Enfin mort. Les bras et le bas-ventre de l’agriculteur avaient été découpés avec soin. Ces deux parties n’avaient pas encore été retrouvées. A vrai dire, Robitaille n’en n’avaient pas besoin. Il ne lui fallut que quelques instants pour percuter. Il savait qui avait fait le coup, cela ne faisait aucun doute. Il rappela Pichard en s’évertuant cette fois à éviter les relents persillés de son haleine. Robitaille lui demanda quel type d’agriculteur était le vieux Robert. Croyant bien faire, Pichard lui répondit que c’était une vraie tête de con.La réponse déplut fortement à Robitaille qui lui fit froidement remarquer que « putain, il n’avait pas inventé la marche arrière ». Toujours aussi sec, Robitaille précisa sa question et lui demanda si ce pignouf de Robert ne possédait pas un cheptel de chevaux et d’autres bovins. Par chance, le seul diplôme du brigadier-chef Pichard était un Bac Agricole. Il put ainsi lui fournir des réponses précises sur le nombre de bêtes, le type de semences et sur les moyens d’irrigation de l’exploitation de Robert. Mais Pichard n’eut pas vraiment le temps d’étaler sa science paysanne. Robitaille s’éloigna rapidement sans piper mot, laissant Pichard terminer son exposé sur la culture de betteraves au reste de ses collègues. Sans un merci, Robitaille quitta la plage, rempli de certitudes.

11h30. Front de mer – Frontignan

Sur le front de mer, à distance respectable de l’haleine de Pichard, Robitaille s’empressa de passer quelques coups de fils. Il ordonna sèchement plusieurs directives, puis raccrocha, tout aussi sèchement. Pas le genre à tailler le bout de gras avec bobonne. Le sentiment du devoir accompli, il se dirigea vers le café de la poste.

12h. Café de la poste – Frontignan

Comme souvent dans ce genre d’établissement, le café s’est transformé en brasserie populaire pour le déjeuner. Même en ce jour du seigneur, la salle est bondée. Des nouveaux clients sont arrivés, tandis que d’autres n’ont pas bougé contrairement à leur taux d’alcoolémie. Robitaille démembre en silence sa pièce du boucher. Son calme tranche avec l’agitation de la salle, où Corinne, la femme de Roger s’affaire à servir tout ce beau monde. Robitaille sait qui a fait le coup. Cela ne fait aucun doute. Le mode opératoire d’abord. Un kidnapping discret. Pas les russes donc. Une découpe point à point ensuite. Pas les djihadistes non plus. Une cible en lien avec les animaux. Bingo. C’est forcément un coup des ninjas végétariens. Crée dans les années 2000, cette communauté mangeur d’herbe est plus connue sous le nom de « Ninjarthus-Bertrand». Prônant la lutte armée à l’encontre de toute consommation de viande, ils ne sont pas à leur premier coup d’essai. Descendant direct des « babos » (des chevelus peuplant autrefois les facs de lettre avec des diabolos et des potagers de tomates), ces ayatollahs du Boulgour ont commencé leur lutte par des petits larcins. Coup de boule à des mémés en fourrure, torgnole aux clients de boucherie, sa10787 (2)botage d’abattoirs chevalins, sodomisation d’apprentis agriculteurs, etc…Une partie d’entre eux s’est rapidement radicalisé et pratique avec passion embuscade discrète et égorgement au sabre depuis quelques mois maintenant. L’ancienne tête d’affiche écologique, Nicolas Hulot, demeure à ce jour leur plus célèbre victime. Jugé trop complaisant, il a fini démembré et pendu dans une yourte. A ce jour, une quinzaine de personnalités ont péri sous les assauts des ninjas chevelus. Le vieux Robert ne fait pas exception, syndicaliste agricole, fournisseur de viande chevaline et bénéficiaire d’un barrage qui n’est pas sans rappeler celui de Siveins : il était dans le viseur des Ninjarthus. Robitaille n’était pas inquiet pour autant, il en avait vu d’autres. Ce n’était pas des danseuses mal coiffées qui allait l’effrayer. Et alors qu’il entamait sa 2ème pièce du boucher, son téléphone sonna. L’échange fut bref. Robitaille nota une adresse sur sa serviette et se leva brusquement. Il sorti du bar à la hâte. Il indiqua à Roger qu’il reviendrait pour payer plus tard, ce à quoi ce dernier ne trouva rien à redire. « Vaut mieux pas se le mettre à dos, celui-là » pensa-t-il. Pour une fois, Roger avait raison.

12h30. Fac de lettres – Montpellier

Refusant la voiture, les ninjarthus ne se déplaçaient qu’en ninjas, c’est à dire à pied. Ces derniers refusaient même les chevaux, jugeant immoral d’utiliser l’animal comme moyen de locomotion. Robitaille le savait, et avait demandé à ses collègues d’établir un périmètre de recherche d’environ 50 kilomètres autour de Frontignan. Le meurtre ayant eu lieu hier, « les bouffeurs de blés ne sont pas loin » leur avait-il dit au téléphone. Le pronostic de Robitaille s’avéra exact. Un groupe de ninjas avec des cheveux longs a été repéré sur la fac de lettres de Montpellier. Robitaille n’avait pas beaucoup de temps, les ninjarthus ne devaient utiliser l’amphi que comme un refuge provisoire avant de se décamper. Arrivé devant le campus, Robitaille pris néanmoins le temps de garer sa Laguna de fonction. Robitaille ne déroge jamais aux règles de stationnement. Ni aux autres d’ailleurs. Il respira un grand coup, vérifia le calibre de son arme, puis sorti de la voiture. Il courut discrètement vers l’aile Jean Jaurès, bâtiment Salvador Allende, amphithéâtre Karl Marx. Il fracassa la porte d’entrée et se retrouva nez à nez avec les 4 terroristes. Ces derniers furent pris de court par l’irruption aussi brutale du commissaire et se précipitèrent sur leur sabre. Robitaille, 1m90 de biceps et de cross-fit, faisait face aux véloces ninjas, 1m70 de moyenne, prêts à bondir. Robitaille salua les grévistes du coiffeur et les invita à baisser leurs armes et à se rendre. Sans quoi cela risquait de tourner au vinaigre.10787 (4) Les ninjas refusèrent et le leader du groupe, Ninj-athée-et-décroissants, lui rétorqua d’aller cordialement se faire foutre ou d’aller se beurrer une tartine s’il y était. Robitaille ne lui en tint pas rigueur. Il dégaina son arme en premier et, d’une balle bien sentie, explosa la tête du ninja à sa gauche. Les 2 autres ninjas lui sautèrent alors dessus. Robitaille esquiva la première lame, mais s’entailla le bras sur la 2ème. Quelques gouttes de sang giclèrent de sa veine, ce qui eut le don de singulièrement l’énerver. D’un geste brusque, il attrapa la queue de cheval (les cheveux) d’un des assaillants, puis lui éclata la tête sur le premier rang. Le 3ème assaillant tenta bien de le planter avec son sabre, mais il sous-estima la vitesse de déplacement de Robitaille, qui esquiva, lui fit une clé de bras, et tira un deuxième balle de son pistolet. Comme pour son collègue, le crâne explosa. Fin de la partie. Robitaille les avait pliés bien comme il falut. D’un violent coup de pied à la tempe, il s’assura que le 2nd ne se réveille pas de sitôt. Pourtant Robitaille l’avait mauvaise :Ninj-athée-et-décroissants avait profité de l’escarmouche pour s’enfuir. Robitaille exécrait ce manque de courage, mais pouvait-il en être autrement avec des bouffeurs de salades. Méthodiquement, il rajusta sa chemise ensanglantée, rangea sa pétoire, et quitta l’amphi. Il allait retrouver Ninj-athée-et-décroissants et lui montrer de quel bois il se chauffait. En sortant du bâtiment, un sabre lui frôla la tête et vint s’écraser contre la porte. Le Ninja venait de le rater. Dommage pour lui. Robitaille n’était pas venu là pour coller des gommettes

A suivre…

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L’indispensable inutilité de Facebook (6) : fin de liaisons

Romain et Lola ont rompu. Malgré les appels et les messages de Romain, Lola n’a pas craqué. Sa décision est définitive. Elle ne se remettra plus avec celui qui a partagé sa vie pendant 5 ans. Elle ne veut plus en entendre parler, ne surtout plus supporter son narcissisme Facebookien et son immaturité toute masculine. Bref, Lola est bien décidée à tourner la page. Cette décision, Romain ne l’a pas comprise. Et encore moins prévue. Jamais n’aurait-il pu imaginer une telle issue à leur relation, lui qui envisageait il y a quelques semaines encore de la demander en mariage. Sa déception est à la hauteur de sa surprise. Énorme.

J+7 après la rupture, appartement de Romain

« Pshhhiiit ». Affalé sur son canapé, Romain entame sa première bière. Une 33 Export des familles. A sa gauche, dans l’allée qui mène à sa chambre, une pile de vêtements usagés tangue dangereusement. Le prochain caleçon risque de lui être fatal. Derrière lui, quelques emballages vides obstruent le passage vers la cuisine, dont la capacité d’absorption s’amenuise de jour en jour. Quant au canapé, des miettes de pizza y livrent une guerre de territoire sans merci à une horde de croûtons de pains. Le délicat agencement de l’appartement imaginé par Lola n’est plus qu’un lointain souvenir. Sur le canapé, Romain a pris sa position préférentielle, empruntée à la loutre. Et tandis qu’à la télévision, des chtis découvrent Los Angeles, Romain s’interroge : Pourquoi donc ? glou glou ? m’a-t-elle quitté ? Glou glou glou. A défaut de trouver réponse à sa question, Romain prit une grande décision ce soir-là : c’est décidé, j’arrête la 33 export, c’est vraiment dégueulasse.

bière

J+7, dans un after work (open mousseux pour les filles)

Au même moment, Lola dépasse également le seuil réglementaire d’alcoolémie. Et ce n’est pas le 4ème verre de mousseux qu’elle vient de commander au bar qui va arranger son ébriété. Accompagnée de sa collègue nymphomane, Lola s’éclate comme une folle dans cet afterwork. Pour la première fois depuis bien longtemps, Lola se sent libre, heureuse, épanouie. A 26 ans, elle ne s’était pourtant plus retrouvée seule depuis qu’elle avait quitté les genoux de son père pour la 206 Quicksilver d’Ethan. Elle avait alors 15 ans et n’était pas peu fière de sortir avec ce beau lycéen, qui à défaut d’être en avance sur son parcours scolaire, avait le permis de conduire et venait la chercher à la sortie du collège au nez et à la barbe (façon de parler) de ses copines, vertes de jalousies. «Je me demande ce que fait Romain en ce moment. Il doit surement être dans une soirée Erasmus en train d’enchaîner les shoots avec de jeunes étudiantes, sa technique de drague favorite ». Lola n’eut pas le temps de s’épancher sur le sort de Romain, sa collègue la sortit de sa torpeur en la prenant brutalement par la main. Une partie du mousseux n’y résista pas et finit son parcours sur un sol, lui aussi bien encombré. Sa collègue avait rencontré deux jeunes trentenaires, chemise aussi blanche que leur dentition, qui l’avaient invité à boire un verre. Malgré son appétence pour le jeune cadre (à pouvoir d’achat) dynamique, sa collègue jugea opportun d’en faire partager Lola. « Tu verras, ils sont ca-nons», lui avait-elle soufflé avec son sens de la mesure habituelle. Une fois arrivée à la table de ces messieurs, Lola dut rapidement admettre que sa collègue ne lui avait pas menti sur la marchandise. Le grand brun, dont la mèche lui rappela furieusement le style de surfeur d’Ethan, lui plut immédiatement. Et alors que les bulles du mousseux commençaient à annihiler sa capacité de raisonnement, une douce euphorie s’empara d’elle. La fin de soirée s’annonçait particulièrement prometteuse…

meetic

J+15, sur un sentier (emprunté) du bois de Boulogne

« Shii…Shiii…shiii»,. Pour oublier Lola, Romain a pris de grandes résolutions. Outre l’arrêt de la bière d’exportation, il s’est mis à courir. Pour perdre les quelques kilos de pizza surgelés accumulés depuis la rupture. Mais surtout pour se vider la tête et ne plus penser à elle. Après des débuts laborieux marqués par quelques abandons honteux, la course à pied est vite devenue sa nouvelle drogue. A raison de trois sorties par semaine, il s’adonne au footing urbain, activité qui consiste à répéter les tours de parcs à allure modéré de sorte d’apprécier le collant moule-paquet Queshua du coureur qui vous précède dans le troupeau. Mais Romain aime ces moments de partage. A tel point qu’il ne manque jamais l’occasion de faire profiter de ses sorties à l’ensemble de ses contacts Facebook. Les 25 likes cumulés lors de sa première sortie footing l’ont encouragé. A continuer de courir mais aussi à télécharger une application permettant de partager ces exploits de nouveau kenyan blanc. Kilomètres parcourus, vitesse moyenne, calories brûlées, temps passé à courir derrière une joggeuse callipyge, tout y passe. « Shhh Shhhh. Vraiment géniale cette application. Pardon M’dame. En plus, maintenant, on peut me suivre en direct via l’appli. Shhh shhh. J’espère que des gens me suivent aujourd’hui. L’autre fois, j’ai eu 4 encouragements alors que je courais.  « Ding Ding Ding ». Cool, un encouragement. Je vais accélérer un peu, j’espère que c’est une fille qui me suit ! Allez, je rattrape le gros là-bas. Shh Shh Shh. La vache, il court vite ce gros sac. Pardon M’dame ! On a pas idée de promener des chiens aussi moches ! Shh Shh Shh Shhhh ! A mince, c’était un like de ma mère. Shhh Shh. Merde, j’aurais pas dû blinder, je suis crâmé…. »

Run

J+30, studio de Lola, le placard à biscuits ouvert

Plantée devant l’écran de son ordinateur, Lola est immobile. Figée. Son doigt, posé sur sa souris, est pris d’une soudaine paralysie. Seule sa cuillère, plongée dans le pot de Nutella traînant à côté d’elle, arrive à l’extraire de sa torpeur. Ce trajet pâte à tartiner-souris dure depuis près de 30 minutes. Un labs de temps suffisamment long pour ingurgiter 14 cuillerées, pleines, et réduire à néant 2 semaines de régime. Sur la joue de Lola, une larme chaude creuse un sillon pour les suivantes. Même la grossière trace de chocolat embrassant le contour de ses lèvres, n’arrive à ralentir la chute de cette larme, bien trop grosse pour être stoppée. Depuis qu’elle a quitté Romain, Lola avait été forte. Elle n’avait jusqu’alors pas éprouvé le moindre regret, enchaînant les sorties, les Cosmopolitan et les rencontres en tout genre. Sa vie s’était accélérée, et lorsqu’elle prenait le temps de s’extraire du tourbillon qu’était devenue son existence, aucune mélancolie ne venait s’emparer d’elle. Elle se sentait vivante, aérienne, fougueuse même, et ce comme jamais elle ne l’avait été. Mais il ne fallut que quelques secondes, pour que tout ne vole en éclat. Cette seconde vint de son profil Facebook. Elle n’y trainait pourtant que rarement, tant il lui rappelait avec force ce qu’avait été sa précédente vie, une vie faite de like et de selfie d’elle en compagnie de Romain. Elle avait décidé de supprimer ses photos de son profil. Cela faisait longtemps qu’elle y pensait et s’étonnait elle-même de ne pas l’avoir fait plus tôt. Mais désormais qu’elle devait appuyer sur le bouton «supprimer», Lola pleurait à chaudes larmes. Et génocidait un pot de Nutella. Submergée par un flot de souvenirs qu’elle avait jusqu’alors réussi à enfouir, Lola tenta tant bien que mal de reprendre ses esprits. Mais chaque photo consultée la transperçait. Elle savait que quitter Romain allait impliquer des changements dans sa vie. Elle avait déménagé, changé une partie de ses relations, eu de des relations avec certaines, mais elle savait qu’elle devait aller plus loin encore pour définitivement tourner la page. Elle prit alors son carnet fétiche, et y décida, après une nouvelle demi-heure passée à remplir une colonne « + » et  une colonne «-», de prendre les résolutions suivantes : démissionner de mon travail. Faire le tour du monde. Et en finir avec ce pot de Nutella !

A quelques mètres de là, un paquet de Schocobons, pas dupe, savait qu’il vivait aussi ces derniers moments.

J+30, appartement de Romain, le bac à bières ouvert

Ce soir-là, Romain est également seul dans son appartement. Il n’avait d’ailleurs pas traîné pour rentrer chez lui et ce afin de répondre à l’ultimatum lancé par l’un de ses meilleurs amis sur Facebook. Une histoire de cul-sec auto-filmé. Romain n’étant pas du genre à se défiler, il avait réfléchi toute la journée à la vidéo qu’il allait tourner dans la soirée. « Merde, il va falloir que je range mon appart, sinon le bordel va apparaître à l’écran. Il faut aussi que j’achète de la Stroh, je vais pas faire à ça à la bière comme cette tatane de Laurent. Il faut aussi que je prépare mon texte, c’est pas évident à retenir sinon ». Aussi, une fois la Stroh achetée se dépêcha-t-il de rentrer chez lui et commença à nettoyer son salon, au détriment du gang des miettes de pizza qui fut délogé sans ménagement. Romain était sous pression, il ne lui restait plus que 15 minutes avant que l’ultimatum n’arrive à échéance. Il lui fallait encore tamiser les lumières, faire un essai de vidéo et de coupes de cheveux, préparer les cacahuètes (ça pique mine de rien la Stroh) et surtout terminer de passer l’aspirateur dont il ignorait tout du fichu mécanisme pour changer le sac, désormais bien plein.  » Bordel, Lola, t’aurais au moins pu vider le sac avant de partir ! Et on pourrait pas inventer un aspirateur avec des sacs facilement détachable ! Encore du matériel chinois ! »  Après quelques essais infructueux, Romain résolu l’énigme du sac à aspirateur et expédia le rangement du salon. Il n’avait pas eu le temps de régler les lumières, mais était quand même fier de lui « je suis dans les temps pour honorer mon engagement ». Romain chercha à la hâte la bouteille de Stroh, s’assit sur son canapé et alluma son ordinateur. « Mince, j’ai oublié les cahuettes, bon tant pis, j’ai plus le temps » Et c’est avec une fierté non dissimulée qu’il commença à se filmer,  n’hésitant pas à user de gros plan sur un visage encore rougit par l’effort. Tel un acteur recevant un prix, il remercia son ami pour la nomination puis déblatéra quelques banalités sur sa joie de partager ce moment de convivialité de voyeurisme alcoolique. Puis, il entreprit un audacieux mouvement de dezoomage de sa webcam afin de présenter à ces convives imaginaires la bouteille qu’il allait ingurgiter, faisant par la même admirer à l’audience son sens innée de la mise en scène et sa maîtrise du plan large. La parenthèse cinématographique terminée, il s’attaqua à la dégustation. Et autant dire qu’il ne fit pas dans la dentelle. Avec la régularité d’un métronome et l’agilité d’un pilier de bar, il descendit coup sur coup 5 shoots de Stroh. Malgré le sourire affichée entre chaque verre -« ahhhhh, ca brûle »-, la santé du colonel venait d’en prendre un coup. Néanmoins, Romain tenta de faire bonne figure – « Il faut que je tienne, il faut que je tienne»- mais malgré sa bonne volonté, ne put retenir la remontée de quelques éructations gazeuses qui n’échappèrent pas à la caméra. Mobilisant ces dernières forces dans la bataille, il réussit néanmoins à terminer la vidéo, en nominant à son tour les trois premières personnes qui lui passèrent par la tête : son boss, son ex, et son père. « Et voilà le travail. Blurp. Et hop, je la poste sur Facebook ! Pile à l’heure en plus. Bon ça pique un peu, mais ça valait définitivement le coup de le faire. Bon, j’ai peut-être fait un mauvais choix sur les nominations. Bouarf, je m’en fous. Mince, elles sont où les cacahuettes? J’ai mal au bide là. Blurp ». Affalé en loutre sur le canapé, Romain n’eut pas le courage de se lever. Le bateau commençait à tanguer dangereusement,  il s’affaissa alors en position de survie empruntée cette fois au fœtus et s’endormit de la sorte aidée par les lumières tamisées et du confortable arrière-plan sonore de Marseillais découvrant Miami. Il était 21 heures.

J+31, dans l’open-space de Lola

Sa lettre de démission à la main, Lola attendait l’arrivée de son boss pour officialiser son départ. Il était 11 heures, « il ne devrait plus tarder à arriver » pensa-t-elle. Pour faire passer le temps, elle se connecta à Facebook et fut témoin, bien malgré elle, du cérémonial de Romain dans leur ancien appartement. La vidéo l’affligea. Elle ne put retenir un « putain, mais quel attardé » qui résonna dans tout le bureau. A ce moment, son boss l’interpella. « Vous vouliez me voir, Lola ?… »

J+45, au fond d’un canapé chez un pote de Romain. 

La coupe du Monde venait de débuter. Une aubaine pour Romain, qui le temps de 90 minutes journalières, parvenait à oublier Lola. Ce jour-là, il était affalé dans le canapé de son pote Rémi, avec lequel il formait un redoutable duo de glandeurs sur canapé. Il faut dire que leur symétrie d’affaissement corporel était proche de la perfection. Et tandis que des Argentins confisquaient le ballon à de valeureux ivoiriens, Romain jetta un œil à son téléphone. Il se rendit sur le profil de Lola et n’entendit rien de l’égalisation ivoirienne, qui déclencha pourtant l’hystérie d’une partie des voisins de Rémi, visiblement africains. Lola s’était détaguée de toutes les photos en sa compagnie, ce qui le laissa sans voix. Avec l’aide de son plus fidèle ami, sa bouteille de whisky, et de Remi, il parvint néanmoins à surmonter la nouvelle. La fin du match fut même joyeuse, et le but argentin à la toute fin du match fêté dans l’allégresse et des effluves d’alcools. La fête se poursuivit dans le bar espagnol au bas de la rue. Encouragé par son 2ème meilleur ami, les shooters de vodka et de Rémi, il se lança à corps perdu à l’attaque d’une joyeuse argentine. Il ne comprenait que très partiellement ce qu’elle lui racontait, mais la jolie musique de son accent ne le laissa pas insensible. Rassemblant le semblant de lucidité qu’il lui restait, il décida de tenter un bliztkrieg (« y’a pas de raison, les allemands ont toujours entretenu de bons rapports avec les argentins» ). Il s’avança alors vers elle pour l’embrasser, mais fut stoppé dans son initiative par un gaillard argentin qui venait d’alpaguer sa cible dans sa langue natale. Romain ne l’avait pas vu venir, ce tacle par derrière. « J’aurais du prendre espagnol LV2, quelle idée de prendre allemand. » Il dut patienter quelques instants, le temps d’ingurgiter deux autres shooters et de maudire son adversaire du soir  « il s’en va le branque là, où je lui décoche un tir de l’aigle ». Heureusement, après quelques minutes, elle l’éconduit et se retourna vers Romain.  A peine avait-elle terminé sa conversation, qu’il mit en œuvre son blitzkrieg. A l’instar de l’original, l’initiative fut couronnée de succès et put jouer, sur terrain adverse, les prolongations. Enhardi par cette jolie victoire à l’extérieur, Romain se sentit pousser des ailes. Sur le chemin du retour, il ne put s’empêcher de laisser un inbox à Lola : « reviens Lola, j’ai changé» disait-il en substance.

J+46, aéroport d’Orly et appartement de Romain 

Lola lut son message à l’aéroport, alors qu’elle venait de déposer ses bagages à l’embarquement. A ce même moment, Romain lui laissa un second de message : 

Romain : Salut Lola, je sais que tu es là.

Lola : Salut. Tu m’espionnes maintenant ?

Romain : Non, c’est pas moi. C’est Facebook qui m’indique tu viens de lire mon message. 

Lola : Mince…qu’est ce que tu veux Romain ?

Romain : Rien, je voulais savoir ce que tu en pensais ? 

Lola : Ce que je pense de quoi ? 

Romain : Ben de mon message ! Tu en penses quoi ?

Lola : Un message envoyé à 6 heures du matin (tu n’es pas le seul à savoir utiliser Facebook) me demandant de revenir. J’en pense que tu devais être rond comme un coing Romain. 

Romain : Mais non, c’est pas vrai. Et j’ai beaucoup pensé à toi ces derniers temps. Je t’ai même taggé pour un resto, tu n’as jamais répondu !  

Lola : C’est mort Romain, je ne reviendrai pas sur ma décision. De toute façon, je suis à l’aéroport, je pars pour l’Argentine.  

Romain : En Argentine ??? 

Lola : J’ai démissionné et je me donne 9 mois pour faire le tour du monde. Je commence par l’Argentine. Je dois y aller, l’embarquement va commencer. Bisous ! 

Romain : Bises… 

Une nouvelle fois, Romain accusa le coup. « Mince, j’aurais du prendre son numéro à l’argentine d’hier soir. C’était quoi son nom déjà ? je vais essayer de la retrouver sur Facebook… »

 

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L’indispensable inutilité de Facebook (5) : clichés de vacances

Lola et Romain sont en couple. Lola a 26 ans, lui 28. Bien qu’ils ne s’en souviennent plus très bien, ils se sont rencontrés par hasard, à la fin d’un open bar organisé par leur école de commerce. Ensemble depuis 5 ans, ils vivent dans un deux-pièces -meubles et luminaires Ikéa- dans le 10ème arrondissement de Paris. Lui est commercial, aime l’ambiance du parc des Princes, son appareil photo et ses abdominaux qu’il travaille bi hebdomadairement à la salle. Elle est attachée de presse, aime lire Grazia, sécréter de la mélanine en terrasse (fait souvent les deux en même temps) et pratique le yoga pilates, de manière bi hebdomadaire également. Comme chaque année, le choix des vacances fut un moment délicat. Après quelques soirées passées à dormir sur le canapé, Romain a fini par accepter la proposition de Lola. Deux semaines dans un club vacances à Saint Raphaël, à quelques kilomètres de Saint Tropez. « Une affaire », selon Lola, pas peu fière de s’être inscrit sur voyage-privée.com. Un site « quali » qu’elle avait découvert dans Grazia deux semaines auparavant, juste avant d’apprendre qu’Uranus  allait avoir une influence positive sur sa vie conjugale. Quelques jours avant le départ, l’excitation est à son comble pour le jeune couple.

  • J-4 avant les vacances, open-space de Romain

J-4 3

Romain est irrité. Le recrutement du PSG ne le satisfait guère. De plus, voilà deux semaines qu’il n’a pas vendu le moindre aspirateur. Son bonus de vente risque de passer à la trappe. Encore la faute du gouvernement. Satanés socialistes. Pour couronner le tout, il se ressent encore de son mal de dos, héritage de ses nuits sur un canapé Ikea. On ne lui reprendra plus à acheter suédois. Seul dans son bureau, ses collègues étant en vacances, Romain ère sur internet. Après avoir lu l’intégralité des articles de l’équipe.fr, Romain s’est rabattu sur une valeur sûre : Facebook. D’abord réfractaire, Romain s’est rapidement converti au réseau social. Il en est désormais un adepte quotidien, pour ne pas dire constant. Malgré les remontrances de Lola, il n’a encore jamais pu arrêter. Il a d’ailleurs totalement abandonné la perspective de vivre sans. Tu ne te rends pas compte, qu’est-ce que je ferais au bureau sinon ? lui rappelle-t-il souvent. Après avoir rapidement survolé un message de Lola lui rappelant de ne pas oublier le gruyère pour les lasagnes, Romain s’arrête sur sa Timeline, éberlué. En 5 ans de Facebook, il n’avait encore jamais vu cela. Devant lui, le grand bleu. Une mosaïque de piscine s’offre à lui. Tous les types de bassin sont présents : horizon mer, horizon camping, à bulle, à transat, en bois, en plastique, olympique, couverte, surveillé, carré, rectangulaire, ovale. Bref, un vrai flyer pour la baignade en espace clos. Le tour du monde en 80 piscines. Bluffé, Romain reste dans voix devant l’imagination commune que partagent ses contacts. Un détail attire pourtant son attention. Les piscines s’accompagnent systématiquement d’un zoom sur les doigts de pied de l’auteur de la photo, qui les place dans une subtile volonté de discrétion, au premier plan de l’image. Toujours en éventails, ils sont généralement au nombre de 10 (quoiqu’un examen attentif des images lui réserve parfois des surprises). Mais Romain ne s’y attarde pas. Il n’est pas podologue, il n’est pas dans sa compétence de juger la santé de la voûte plantaire de ses contacts. Il ne peut néanmoins s’empêcher de s’inquiéter de la recrudescence des fétichiste des pieds parmi ses amis. 

  • J-2 avant les vacances, sur la terrasse d’un (restaurant) thaïlandais :

Bo bun

Comme tous les jeudis, Lola mange thaïlandais avec ses collègues. Leurs cartes de fidélité en attestent, toutes partagent une vraie passion pour le Bo Bun. Aujourd’hui, Lola est heureuse, son horoscope ne s’était pas trompé. Les choses se sont arrangées avec Romain. Et son régime Dukan, entamé 6 mois auparavant, comble (presque) toutes ses attentes. Elle va pouvoir mettre son tout nouveau bi-ki-ni, acquis durant les soldes à un « prix défiant toute concurrence » précise-t-elle à ses collègues avec une pointe de fierté non dissimulée. Profitant d’un réquisitoire de sa collègue contre son « mec qui laisse trainer son linge sale par terre », Lola se connecte sur Facebook. Elle vient de recevoir un message de Romain, qui lui rappelle qu’il l’aime et de ne pas oublier d’aller chercher sa chemise au pressing. Son activité débordante sur Facebook au bureau me surprendra toujours. J’ai bien trop de travail pour y passer autant de temps, songea-t-elle alors que les mots « lunette » et « toilette » lui firent comprendre que sa collègue avait commencé un nouveau réquisitoire.

  • J-1 avant les vacances, appartement Ikea du couple 

Revigoré par la vente d’un pack d’aspirateurs lors de sa dernière journée de travail, Romain est fin prêt pour partir. Sa valise expédiée –tongs et maillots de Zlatan inclus-, la pression des pneus vérifiée et celle du frigo avalée, Romain se couche avec l’impatience d’un puceau entrant au bordel. Lola, elle, n’est pas encore couchée. On ne va quand même pas partir en laissant l’appartement dans cet état. Après un nettoyage rapide et méthodique, où elle put vérifier que sa collègue disait vrai sur les problèmes qu’entretiennent les hommes avec le panier à linge, l’épreuve de la valise s’offre à elle. Lola déteste les valises, qu’elle juge trop petite. Elle suspecte les fabricants de valise de mentir sur la capacité de ces dernières. Mais cette année, elle a prévu le coup, elle a décidé de n’emmener que 2 paires de chaussures, en plus de ses tongs. Son effort ne fut pas récompensé par la valise, qui lui renvoya une fin de non-recevoir alors qu’elle négociait le rajout de quelques ensembles supplémentaires. Ils ne vont quand même pas rester dans l’armoire ceux-là, je ne les ai même pas encore mis cette année. Après quelques dizaines de minutes de haut niveau de géométrie dans l’espace, la valise était bouclée. Ce soir là, Lola se coucha exténuée, mais triomphante : elle avait vaincu la fourberie des fabricants de valises. 

  •  H+5 après le départ, sur l’autoroute du soleil et de la circulation en accordéon

Les bouchons. Romain les avait vus venir. Il le lui avait bien dit, pourtant, de se dépêcher un peu. Mais comme d’habitude, elle n’en a fait qu’à sa tête. Voilà le résultat. Bloqué dans un bouchon, entre Livron sur Drôme et Montélimar. Et pourquoi diable a-t-elle mis Radio Autoroute ? Des croques morts radiophoniques avec la programmation musicale d’un comptable en cours de licenciement. Ce n’est pas ça qui va nous faire avancer plus vite.

Lola : Tu changes la radio ?

Romain : Non, je joue au ping pong.

Lola : Rohhh, t’es chiant. Ils allaient proposer un itinéraire bis pour la côte, ça nous permettrait d’éviter les bouchons.

Romain : Pas de ma faute si on y est…

Lola : Hein ?

Romain : C’est quand même pas de ma faute si on y est dans les bouchons ! Alors, t’es gentille, mais j’en ai un peu marre de radio-pompes-funèbres. Je mets Fun Radio.

Lola : Attends, t’es en train de dire que c’est de ma faute peut-être ?

Romain : Ben évidemment ! Je n’ai pas passé 45 minutes dans la salle de bain ce matin. Moi !

Lola : Tu te moques de moi j’espère ? C’est toi qui as rangé la vaisselle peut-être ? C’est toi qui as fait les sandwichs ? C’est toi qui as fermé les volets ?

Romain : Non, mais ce n’est pas la question.

Lola : Ben évidemment que si, c’est la question ! Et puis j’en ai vraiment marre que tu laisses traîner tes habits dans tout l’appart !

Romain : Non mais là, ce n’est vraiment pas la question.

Lola : …

Romain : Et puis t’étais vraiment obligé de refaire ta valise ce matin ?

Lola : Elle a lâché dans la nuit ! J’y peux rien, c’est la faute des fabricants !

La mise en cause du sérieux des professionnels du bagage marqua la fin de la dispute. Tandis que Romain s’interrogeait sur le sens de la dernière phrase–qu’avait-elle bien pu vouloir dire avec cette histoire de fabricants?Lola s’essuya les yeux pour réprimer une larme. Des efforts, j’en fais tous les jours et il n’y porte jamais la moindre attention. Toujours à pianoter sur ses écrans. La dernière fois qu’il m’a dit qu’il m’aimait ? C’était sur mon mur Facebook pour mon anniversaire. Le dernier compliment ? Un like sur ma photo de profil. Pour ne rien arranger, à la radio, David Guetta organise un relais musical électro-dance avec Bob Sinclar. Décidément, rien ne me sera épargné aujourd’hui, rumina-t-elle dans un soupir.

  • J+1. Saint Raphaël, quelque part près de la piscine du club

Pour Romain, la brouille de la veille est déjà loin. Il faut dire que la piscine du club le ravit. Elle est largement assez grande et suffisamment bleue pour pouvoir la poster sur Facebook. Avec cette couleur-là, même pas besoin de la retoucher sur Instagram assura-t-il plein d’enthousiasme à Lola, qui acquiesça poliment. Orienté par son âme d’artiste, Romain se leva à 7 heures du matin afin de profiter des couleurs de l’aube. C’est certainement pour cette même raison qu’il se coupa les ongles des pieds avant de se diriger vers le bassin. Romain avait effectivement tout prévu. En plus du coupe-ongle, il s’était fait servir un cocktail en dépit de l’étonnement du barman, surpris par un alcoolisme aussi matinal. Mais Romain ne comptait pas le boire –enfin pas tout de suite- ce cocktail. Il ne s’agissait que d’un accessoire pour sa nouvelle cover photo. La prise de la photo s’avéra plus compliquée que prévu. Romain dut d’abord se débarrasser du personnel de l’hôtel qui nettoyait la piscine. Il dut ensuite composer avec un transat récalcitrant qui l’envoya en position d’étoile de mer dorsale alors qu’il s’apprêtait à prendre la photo. Les quelques rires du personnel encore présent ne l’arrêtèrent en rien. Enfin, l’articulation orteil vs cocktail ne lui donnait pas entière satisfaction,si bien qu’il lui fallut plusieurs essais et quelques gorgées du cocktail pour arriver à une disposition photogénique. Très fier de sa production qu’il venait de poster sur Facebook, il décida de s’offrir un petit passage au bar, provoquant une nouvelle fois la stupéfaction du barman. A sa grande satisfaction, il comptait déjà près de 6 likes lorsqu’il quitta le bar pour rejoindre Lola.

doigt de pied v2

  • J+4. Un chemin escarpé dans l’arrière-pays

27 likes pour une photo de piscine et de doigts de pied. Romain n’aurait jamais pensé atteindre un tel chiffre. Un record de like explosé dont il n’est pas peu fier. Encouragé par ce succès critique, Romain ne compte pas arrêter son effort pelliculaire. Une idée lui trotte dans la tête. Une idée qui pourrait faire exploser son compteur de like. Enfin, ce n’est pas vraiment SON idée, mais il compte se laisser guider par son inspiration pour magnifier le concept de la « photo marsupilami ». Celle où les gens sautent, lèvent les bras et grimacent afin de compenser leur manque de consistance naturelle. Excitée de (par) la pellicule, Romain compte faire profiter Lola de son génie créatif. Il ne lui a pas dit, mais le but de cette balade, c’est la photo. Après quelques ronces et autres dénivelées, Romain jubile : il tient enfin son point de vue. Un magnifique panorama de la région donnant sur la mer, qu’il compte embellir par un élégant exercice de détente sèche. Un jackpot de like en perspective. Mais une nouvelle fois, tout ne fut pas simple. Il fallut d’abord convaincre Lola, qui ne partageait pas exactement son enthousiasme pour le saut de cabri photographié. Il fallut ensuite régler la fonction « réflexe », qui s’avéra plus complexe que prévu, surtout quand le mode d’emploi de l’appareil est en chinois. Enfin, il fallut trouver quelqu’un pour appuyer sur le bouton, Romain avait à la fois oublié le pied et d’apprendre le chinois (pour régler le minuteur).

saut

  • J+ 7. Sous un transat-parasol de la plage, qui affiche drapeau vert

Sur la plage, Lola a délaissé son Marc Levy. Elle n’a plus la force de lire quoi que ce soit, d’autant qu’un groupe de hollandais à pectoraux passe devant elle. Lola est pensive. Mon mec est un photomaton ambulant. Faut le voir déambuler dans le club avec son appareil photo, ses tongs et sa casquette de plouc, je suis sûr qu’ils l’ont surnommé le japonais à la réception. Il n’a même pas remarqué mon nouveau bikini. Cacahuète, pas une remarque, encore moins un compliment, c’est à peine s’il me regarde encore. Il ne m’a même pas prise en photo avec, c’est dire son degré d’intérêt pour la chose. Pourtant, il en prend des photos inutiles. Et pas qu’un peu. Hier, il m’a demandé de repenser ma technique de saut vertical à pied joint pour, je cite, « donner plus de relief »  à la photo. Après 3 heures de marche !  J’ai failli l’assommer avec ma gourde. Pour le relief.

  • J+10.   Au buffet petit-déjeuner du club

Romain : Bien dormi ?

Lola : Oui, merci (cela fait longtemps que je n’entends plus tes ronflements)

Romain : Moi, je suis en forme olympique. Une patate aussi grosse qu’un potiron. T’as vu nos like hier sur Facebook ? Pas loin de mon record.

Lola : Romain, que tu te découvres des talents de photographe, c’est génial. Mais tu ne voudrais pas lever le pied, on est en vacances quand même. J’ai l’impression de vivre avec un japonais en visite à Paris. Tu ne veux pas qu’on aille faire un tour au musée provençal cette après-midi ? il y une expo temporaire que j’aimerais bien aller voir.

Romain : Ah non merci, les expo j’ai déjà donné ! On est allé voir Dali en janvier, t’avais dit que c’était la dernière. En plus, il y a activité banana-ski à la plage, je ne vais quand même pas la rater pour aller contempler des vieilles poteries plus vieille que ta grand-mère !

Lola : Pfff !  T’as qu’à y aller à ton activité banane, il vaut mieux que j’y aille seul de toute manière. Et laisse mamie en dehors de cela veux-tu !

  • J+14. Une table remplie de fruits de mer au restaurant gastronomique du club

Pour fêter la fin de leurs vacances, Romain a invité Lola au restaurant gastronomique du club. Alors qu’il se prépare à en découdre avec une armée de crevettes, Lola est atterrée. On n’aura rien partagé ensemble de la quinzaine. Romain m’est devenu étranger, je ne le reconnais plus. Son narcissique photographique l’a transformée. Avec tous ses « likes », ses chevilles ont tellement enflé qu’il ne rentre plus dans ses tongs. Je crois qu’on a touché le fond hier soir : il a repris une photo de ses doigts de pied. Sur la plage. Avec le coucher du soleil. Un triple cliché sauce guimauve. J’ai fait un effort, je lui ai proposé mon vernis à ongle, qu’il a étonnement refusé. Il ne devrait plus tarder à accepter, avec sa nouvelle sensibilité d’artiste. Tu parles, il a la dextérité d’un soudeur fraiseur se mettant à la coiffure (l’inverse marche aussi). C’est triste à dire, mais la dernière fois ce garçon, qui s’amuse à gober des crevettes en face de moi, m’a ébloui, c’était avec son flash.

doigt de pied

  • J+15. Fin des vacances, appartement du couple

Romain n’a rien vu venir. Quelques jours après la fin des vacances, qu’il avait pourtant trouvé particulièrement réussies, Lola est partie. Un soir, en rentrant dans l’appartement, Romain découvrit que ces affaires avaient disparu. Seuls quelques habits à lui –caleçons et chaussettes- étaient encore jonchées à même le sol. Mais ils n’arrivaient pas à cacher le grand vide du départ de Lola. Sur la table, elle avait laissé un petit mot à sa destination:

rupture

 

 

 

 

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Humeurs de José

Des gradations dans le métro parisien

Prendre le métro, c’est comme se remettre avec son ex. C’est pratique et on prend plaisir à l’emprunter. Mais l’enthousiasme du début se fracassera progressivement devant la multiplication des « problèmes techniques », « régulations » et autres « accidents de voyageurs ». En attendant de changer, il faut prendre son mal en patience, attendre que cela passe et améliorer ses techniques d’esquives. Car dans le métro, comme avec ton ex, vaut mieux avoir quelques techniques en stock pour s’en sortir. A ce jeu-là, tout le monde n’a pas le même niveau. Petit panorama.

La ceinture blanche, le néophyte couillon

Niveau zéro de l’orientation de sous-sol, la ceinture blanche est la population la plus rependue dans le métro parisien. C’est une foule de sombres couillons qui regroupe touristesenfants, et autres arriérés dont le QI n’excède que rarement la somme de toutes ses lignes (105). Facilement reconnaissable à son air peureux, ses yeux écarquillés et son plan RATP dans la main gauche, la ceinture blanche a la fâcheuse habitude de rester planter des plombes devant des panneaux directionnels soudain devenus aussi difficiles à déchiffrer qu’un sms de manchot pinté. A leur vue, la ceinture blanche est prise de suées et d’une étrange déficience intellectuelle l’empêchant de discerner la droite de sa gauche que même le système de couleurs mis en place pour aiguiller japonais, kodaks et autres chinoiseries se révèle inefficace. Une fois arrivé dans la rame (généralement après avoir demandé 2 fois son chemin pour être sûr), le constat n’est guère plus reluisant. En effet, la ceinture blanche est alors atteinte d’une (nouvelle) phobie, celle de manquer sa sortie. Scrutant son plan toutes les 5 secondes environ, regardant tantôt à droite, tantôt à gauche telle une autruche sous cocaïne, la ceinture blanche se tient toujours au milieu de la rame, face à la porte, prêt à sortir en hâte dès qu’il aura eu la confirmation orale d’un autochtone que c’était bien là, sa putain de sortie (l’annonce de l’hôtesse n’ayant pas finie de le rassurer). Ignorant les principes de la convention « de Poissonnière » qui régit les us et coutumes du lieu, la ceinture blanche rechigne à s’accrocher par manque de compréhension de l’utilité des barres (de fer) qui l’entourent. Cela lui vaudra quelques chutes de freinages et de sincères sourires condescendants de la part des autochtones qui ne l’aideront évidemment pas à se relever.

La ceinture jaune, le vieux bagarreur

La ceinture jaune n’est pas chinoise. Cela ne l’empêche pas d’en tenir une sacrée couche. En effet, la ceinture jaune est un vieux, ou pire encore, une vieille, qui ferait peut-être mieux d’en porter. De couches. Car son absence provoque chez elle une fièvre belliqueuse qu’on ne lui soupçonne guère. Armée de son bâton (sa cane), la vieille peut vite devenir totalement incontrôlable. Avec sa scoliose bagarreuse, elle n’hésitera pas à instant à vous traiter de gredin ou de fripouille si vous n’avez pas eu la présence d’esprit de vous lever de votre place, de vous excuser, de lui proposer la place, de vous ré-excuser et de lui souhaiter une bonne continuation. Aussi bruyant que le mendiant-qui-s’appelle-henry-qui-a-26-ans-et-que-ca-fait-que-vous-auriez-pas-un-ticket-restautant, le vétéran querelleur vous délogera ainsi de toutes les places assises de sorte que si j’étais vendeur de vessie artificielle, j’y laisserais des tracts présentant mon activité. Reconnaissable à son à son odeur fruitée de désodorisant de toilettes publics, la fuite est la seule attitude raisonnable devant la ceinture jaune. Toute imprudence se verra sanctionnée d’un bonjour et d’une conversation (monologue) sur votre ressemblance avec ses petits enfants. En cas de refus d’obtempérer, le vieux ne rechignera pas à chercher bataille, spécialement aux femmes enceintes à qui il réserve ses plus beaux arguments. Il évoquera alors son âge, son droit au respect, la disparition de valeur et s’il n’a pas raté Motus, sa participation à l’effort de guerre. Son attitude laissera évidemment pantois l’assistance, qui tout en se gardant bien de prendre position, ne pourra généralement s’empêcher de penser que si le vieux avait affiché la même combativité en 1939, cela n’aurait pas été tout à fait la même histoire.

La ceinture orange, le néo-parisien

La ceinture orange est un néo-parisien, c’est-à-dire un provincial quittant le chômage et l’alcool pour venir s’installer dans un 17m² sur Paris et participer à un exercice de barbarie de sous-sol grâce au remboursement de la moitié de la carte Navigo que lui accorde son employeur. Certes volontaires, la ceinture jaune est encore en phase d’apprentissage. Ce n’est pas parce qu’on a le permis que l’on sait déjà conduire (sobriété). Mais çà, la ceinture jaune n’en a cure et affiche l’arrogance de celui qui (croit avoir) réussi sa première fois. Sous prétexte d’un trajet réussi, la ceinture jaune s’enorgueillira d’un « c’est pas si terrible après tout le métro » devant des collègues qui se moqueront intérieurement d’une telle naïveté toute provinciale. L’autochtone sait que la ceinture jaune n’en est qu’à ses premières heures de souterrain et que rira bien qui rira le dernier petit con.  Ce que la ceinture ne dira pas en revanche, c’est qu’il passe 10 minutes chaque jour sur internet pour vérifier son itinéraire et ne pas se trimbaler avec le plan du métro. Il ne dira pas non plus qu’il passera ces premières semaines à se faire « pfff-iser » à longueur de trajet pour ne pas  respecter les règles élémentaires de progression en ligne droite, de priorité aux gens qui montent (oui,oui à Paris, c’est comme ça) et de non-sourire dans la rame. On reconnaît ainsi la ceinture orange à son air navré -il vient de se faire souiller verbalement- ou alors à son air contrit -il s’aperçoit qu’il doit remonter toute la station car sa sortie se trouve de l’autre côté.

La ceinture verte, le mendiant capitaliste

La ceinture verte est un mendiant qui pratique la quête à la ligne. Pauvre, la ceinture verte est néanmoins dotée d’un esprit entrepreneurial fort. En effet, il faut quand même être un sacré capitaliste pour transformer un ennuyeux trajet (entre son foyer et l’ANPE) en une source pérenne et non imposable de revenus. Un brin égocentrique, la ceinture verte ne manquera jamais l’occasion de signaler sa présence dans la rame sans jamais, ne serait-ce qu’un instant, se soucier de la quiétude des passagers. Maîtrisant une palette de techniques commerciales, la ceinture verte pourra successivement pousser la chansonnette avec un instrument désuet (l’accordéon ?!), vendre des cartes du métro antidatée « made in China », ou compter sa tragique histoire-qui-s’appelle-henry-qui-a-26-ans-et-que-ca-fait-que-vous-auriez-pas-un-ticket-restautant. Afin d’attendrir définitivement les passagers, un chien atteint d’une maladie incurable, un enfant paralytique ou un moignon bien placé accompagnent généralement le quémandage de la ceinture verte. Pas dupe de ce petit manège commerçant, les passagers resteront généralement insensibles à la main tendue du prolétaire (prétextant que merci, j’ai déjà vu ce spectacle et qu’en plus j’ai donné au téléthon l’an dernier).


La ceinture bleue, l’aveugle ninja

La ceinture bleue est un aveugle, soit la seule personne qui se ballade avec des lunettes de soleil dans le métro. La ceinture bleue fait preuve d’une dextérité admirable, bigle d’yeux ! Maniant sa canne comme un sabre jedi, elle dégomme à vue (façon de parler) les demeurés de ceinture blanche qui se mettent sur son passage. Sa capacité à ne pas se perdre dans les stations et à monter dans une rame pleine démontre également que la ceinture bleue a d’autres qualités que le piano. Profitant à plein de la compassion qu’il sait citer, l’aveugle s’octroie les places assises en jouant à plein sur son invalidité. Il fait ainsi croire au généreux donateur, désormais debout, que sa cécité s’accompagne d’une myopathie naissante qui l’oblige à s’asseoir entre les trajets. Aussi n’a t-on encore jamais vu personne envoyer valser un chien d’aveugle qui aimait un peu trop l’odeur fruité d’une paire de mocassins. Nota bene pour la ceinture blanche, si vous recevez 3 petits tapements successifs sur la jambe, ne relevez pas la tête l’air outré (il n’en verra rien) car il s’agit peut-être d’un louchard qui tâte le terrain. De même, rien ne sert de lui donner une pièce, il ne chantera pas.

La ceinture marron, le parisien acariâtre

La ceinture marron est un parisien. Un vrai. De celui qui connaît toutes les lignes et les stations par coeur. De celui qui affiche une mine sombre à l’agressivité à peine rentrée, prête à en découdre à la moindre incartade. Passer sa jeunesse à arpenter des lignes surpeuplées d’autistes n’est pas un chemin vers l’épanouissement et encore moins un vecteur d’humanisme. Au contraire, le métro, c’est comme une tournante, il fait sombre et tu y perds quand même souvent ta dignité. Pour se venger d’une jeunesse envolée trop vite (au contact d’Emile, 20 ans de prison pour exhibitionnisme plus précisément), le parisien a développé au fil des années nombre de techniques, qui le font passer pour une ordure auprès du monde extérieur. Son entrée en rame blindée est à montrer dans toute les écoles de rugby. Son air hautain, mélange de distance et de dégoût, dans toute les écoles d’enculés. Une fois dans la rame, le parisien est un expert en carottage de place. Stimulée comme une fouine hypoglycémique, le parisien ne trouve repos qu’une fois son oignon posé sur un siège. Il savourera alors en silence sa victoire sur tous ces crétins debout qui l’entourent. Contrairement à une légende provinciale, le parisien est peu adepte de la violence verbale avec ces acolytes de rame. S’il maîtrise les rudiments de la vulgarité, il use en général de son arme fatale pour régler les conflits en silence : l’assassinat du regard. Sorte d’humiliation ophtalmologique, elle aplatira le malheureux destinataire en un clin d’oeil (…). Elle pourra éventuellement s’accompagner d’un « tssss » ou d’un « pfffff » qui feront office d’exécution. En inspirant cette crainte aux autres passagers, le parisien entretient sa légende. Sans lui (et sans ses couloirs senteur urine), le métro perdrait de superbe. Sans lui, ça serait surtout un foutoir sans nom.

La ceinture noir, l’élu du Navigo

La ceinture noir est un psychopathe de wagon, triple vainqueur du Navigo d’Or qui distingue chaque année les passagers les plus méritants. Il est très rare de croiser une ceinture noire d’autant que qu’elle se fait aussi discrète qu’une bonne idée dans le cerveau de Jean-François Copé. Au contraire des autres usagers, la ceinture noire respire la sérénité et prend plaisir à voyager dans l’obscurité. La ceinture noire ne subit jamais les bousculades. Ni de crampes de mollets. Pour la simple et bonne raison qu‘elle arrive toujours à s’asseoir. Que ce soit dans la ligne 1 ou 13 en période de pointe ou que le wagon soit blindé de grabataires chicaniers, la ceinture noire sera assise, trônant tel un Cléopâtre de sous-sol. Observateur et fin tacticien, le Néo du Navigo repère les gens susceptibles de sortir grâce un théorème infaillible : sortie = (habits + chaussure + couleur de peau) -âge/station. Avec ce coup d’avance, il écartera sans effort la concurrence. En cas d’égalité avec un prétendant au siège, il chassera l’inconscient osant le défier d’une clé de bras ou d’un rapide balayage. La ceinture noire sait également où se placer dans la rame pour se retrouver pile en face de sa sortie et ainsi éviter d’user ces chaussures et son quadriceps fémoral. Ben oui, comme souvent avec les surdoués, c’est une sacré feignasse.

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Portraits de Jean-Mi

Les babos

Vous avez pu les apercevoir lors de votre scolarité, d’une manifestation ou d’un meeting de Jean-Luc Melanchon. Pourtant, vous ne les connaissez guère. Et pour cause, les cheveux crasseux et les chiens errants, ce n’est pas votre truc. Pour mieux les connaître, voici le portrait des utopico-écolos de notre temps : les babos.

1. Le babos beta, dread et loque

Espèce à cheveux longs, le babos est un homo-erectus ayant appris à manifester. Il est le descendant des roots et des hippies auxquels il a succédé dans la lignée des espèces de parasites universitaires. De ces derniers, il a hérité d’un fort instinct grégaire. Aussi, le babos se regroupe-t-il au sein de communautés de destin capillaire que l’on appelle trivialement les « bandes de babos ». Autre héritage de ses illustres descendants, une philosophie centrée autour de la nature. Cette dernière se caractérise par une volonté de ne pas gaspiller ses richesses, comme en atteste sa propension à ne pas se laver les cheveux. Elle se manifeste également par un attrait pour l’agriculture locale. Le babos affectionne ainsi tout particulièrement le concept de potager, qu’il cultive traditionnellement devant le parvis de la BU. Cet amour de la terre explique d’ailleurs l’aspect parfois crasseux des vêtements portés par le babos.

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Outre le port du kéfié, le babos pratique un autre rituel de babos : le blocage de faculté qui intervient, selon les saisons, tous les 3 à 6 mois. Il sort alors sa plus belle tente Quechua, son plus fidèle chien errant et son plus solide pack de Villageoise pour aller s’installer dans les couloirs de la fac de sciences humaines. Ce rite lui permet de s’adonner à sa pratique universitaire favorite, l’indignation contre la droite, la guerre et le racisme en amphithéâtre. De ces grandes assemblées générales qui s’apparentent à de longues et douloureuses sodomisations de drosophiles, on retiendra que le babos a une réflexion à l’image de ses convictions : décroissante. Néanmoins, la conviction et le dévouement avec lesquelles le babos s’évertue à offrir des vacances supplémentaires à toute la faculté leur garantissent un soutien tacite de la communauté étudiante.

Quand il n’est pas en train de manifester, le babos pratique d’autres activités de gauche. Les agrès du cirque n’ont en effet plus de secret pour le babos, qui entretient ainsi son image de guignol. Ne soyez donc pas étonné de retrouver, lors d’une manifestation contre les frais de scolarité, l’un ou l’autre chevelu en train de jongler ou lancer des diabolos sur un air de Ska P ou de Tryo. L’apparence festive de ces rassemblements de dreads et de loques ne doit pas cependant pas faire oublier que le babos pratique l’éco-centrisme borné, ce qui fait de lui un éco-centrique. Il pratique également le vote Eva Joly, ce qui fait de lui un gros con. Selon lui, le monde se divise ainsi en deux camps : les gentils à carte syndicale et les méchants (tout le reste). N’essayez surtout pas de lui faire changer d’avis car si son animal est le chien (errant), il a hérité de l’âne son caractère têtu. Fervent démondialiste, aux Bigs Macs et aux Nuggets, il préféra volontiers des croissants (…).

2. La famille du babos

L’indigné : L’indigné n’est rien d’autre qu’un babos urbain qui a profité du blocage de sa fac pour se faire une sortie camping en ville, avec merguez et cubi. Il a su faire jouer ses compétences sémantiques apprises lors de 7 années de fac de lettres en se faisant surnommer « indigné » par les médias. Si les journaleux ont mordu, ils ne trompent finalement personne. Tout le monde sait qu’ils sont voués à rentrer au campus, ils ont des partiels à rater, des tomates à récolter, tout ça tout ça..

L’associatif : Cousin du babos avec qui il partage une capillarité désordonnée et des souvenirs de manifestations. Cependant, l’associatif a su évoluer car il a quitté l’université et laissé son chien à la SPA pour aller militer dans une association (une vraie, pas une association étudiante). Preuve de sa maturité, l’associatif se lève le matin. Attention, ce dernier ne s’est pas renié pour autant : il va au bureau en vélib. Et fume autant de joint que son cousin, parfois même au bureau. Dans son association, « solidaire », l’associatif passe son temps à tailler des costards aux méchantes entreprises et fait tout son possible pour s’en différencier en évitant d’en porter, de costards. Généralement basé en banlieue, l’associatif est donc un gueulard périphérique qui pense que le braillage rajoute du poids à ses arguments. Aussi, l’associatif se fait souvent remarquer en colloque par de bruyantes loghorées et une propension à traiter ses détracteurs de nazi avant de quitter la salle à court d’arguments. Cependant, le babos associatif ne le reste que peu de temps. Se lassant vite de son salaire provenant d’insuffisantes aides publiques, l’associatif renie généralement ses idéaux solidaires pour aller palper du k€ dans le privé. Méfie-toi, jeune babos, ton crédit à la consommation n’est jamais très loin. Ton Nissan Break toutes options à crédit non plus.

3. Les phrases du babos

  • « Et dis donc, tu viens plus aux AG ? »
  • « Ingrid, est-ce que tu bêches ? »
  • « Un pour tous, tous purin »
  • « Espèce de nazi ! »
  • « Joly présidente ! »
  • « On va à Décath ? »
  • « Libérez la Palestine. »
  • « C’est en quel amphi le cours de lettre moderne ? »


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Facebook

L’indispensable inutilité de Facebook (4) : Facebook, c’est le Cap d’Agde !

Facebook, c’est un peu comme un club naturiste. Au début, tu y vas pour choper, mais au final, tu finis en vulgaire voyeur, comme tout le monde. Mais au moins sur Facebook, pas besoin de payer pour t’exhiber. Et à l’instar du club naturiste, tu y retournes quand même. Parce que l’espoir fait vivre.

La Timeline, ou l’invention du voyeurisme chronologique

C’est LA dernière évolution en date, celle qu’il faut absolument avoir pour mettre en avant son profil virtuel. Et ses problèmes d’égo. Comme si une photo de profil ne suffisait pas, la Timeline permet désormais d’en afficher une deuxième, dont l’envahissant format n’est pas sans rappeler celui des posters qui ornent avec finesse toutes les chambres d’adolescent(e)s pré et post pubères.  Cette invitation à l’originalité est fièrement célébrée par l’affichage systématique d’une photo de voyage, ou pour les plus prolétaires, d’une photo trouvée sur internet. Cette dernière échappant rarement au triptyque beaufisant couchée de soleil, skyline de buildings (by night) et plages à sables blancs. En clair, la Timeline c’est le triomphe de la photo Ikea, savant mélange de poncif artistique suédois et de fond d’écran Windows.

Une ode à l'originalité.

Et n’est pas tout. La Timeline, comme son nom l’indique (fallait écouter ta prof d’anglais, numb nuts !), c’est l’apparition d’un mur tout neuf, tout propre, tout portugais. Ce mur met à disposition des voyeurs visitant le profil l’ensemble des statuts de la personne depuis son inscription à Facebook. Une avancée pour le droit à l’oubli donc. Mais également une formidable simplification pour évaluer le profil psychologique de la demoiselle à qui tu as arraché le « facebook » en boîte hier soir et qui vient d’accepter ta demande en ami. La Timeline, ce n’est rien de plus qu’un profil Meetic avec des tweets. Une carte d’identité dévoilant tes interactions sociales virtuelles et la faiblesse de ton orthographe. Du voyeurisme chronologique en sorte.

La mode « Et manu tu descends ! » de l’interpellation murale

L’interaction murale est une interaction sociale d’un genre nouveau qui consiste à prendre à partie un ami pour donner de la consistance à un statut, qui par définition, en manque singulièrement. Généralement philosophique, ces interpellations peuvent également être d’ordre amicale (« Aime l’humour de Daisy Diotie »), graveleuse ( « Je suis ton plus grand fan, Ella Valpa »), géographique ( « Au restaurant avec Jean Balle ») ou impérative (« Tu penseras à prendre du pain, Hugo Baguette ! » ). La mode du changement de nom n’aidant pas à la lisibilité du message. Quant à son intérêt,  on le cherche toujours.

L’insupportable altruiste des mélomanes (le syndrome wonderwall)

Non content d’être polluée par d’insoutenables photos de bambins de tes copines de CM2 qui ont arrêté tout développement intellectuel peu après, ta « newsfeed » est désormais régulièrement encombrée par un autre phénomène, tout aussi irritant : le partage musical aussi appelé le syndrome « wonder-wall ». Attention, je ne parle pas du partage youtube du dernier clip à la mode à la machine à café, je parle de cette stupide manie qu’ont les mélomanes de faire partager à tous les morceaux qu’ils sont en train d’écouter. Premier constat, le mélomane a le temps. Pour poster ce genre d’informations capitales de 9h à 18h sur son mur (des horaires de bureau, comme par hasard), il faut en avoir. Deuxième constat, le mélomane est altruiste. Non je déconne. Le mélomane a un tel complexe de supériorité qu’il se sent investi d’un devoir, celui d’instruire la masse en lui présentant les derniers tubes qu’il faut écouter pour pouvoir engager une conversation avec lui lors du prochain apéritif dinatoire que vous partagerez. Aussi, j’invite cordialement « l’ensemble des solistes constipés à se carrer tous leurs petits  violons dans le fion, et ce avant que quelqu’un ne vienne jouer du violon avec leur rondelle ».  En vous remerciant.

Typologie des usages, petit complément ( cf article précédent)

Le déserteur, dit « l’encéphalogramme plat ». Aussi actif sur son mur qu’un postier à son guichet. Pas de like, pas de post, pas de potes pour lui poster une ineptie sur son mur. Voulait pourtant échapper à sa condition pourrie en s’insrivant Facebook.  Malheureusement, son profil virtuel est à l’image de sa vraie vie, un échec.

Le vantard dit le « posteur corporate » . Ne poste que ses propres réalisations, qu’elles soient journalistiques, télévisuelles, futiles ou les 3. Son mur est donc une gigantesque plateforme publicitaire dédiée à son propre travail. Pratique généralement l’auto-like au cas où il oublierait combien il aime ce qu’il fait .

Le Likeur dit « l’admirateur compulsif ». Personne qui aime beaucoup de choses dans la vie, si l’on se réfère au nombre impressionnant de « like » lâché dans une journée.  Le likeur vous aimera dans toutes les situations : quand vous mangez une pomme, quand vous postez un bide, quand vous publiez une photo de machines à laver. S’il flattera votre ego, le likeur a tendance à s’attacher et il n’est pas rare de voir l’ensemble de votre mur « liké » par ce dernier. Si c’est un avion de chasse, réjouissez-vous, si c’est une connaissance masculine du collège qui conduit des bus scolaires, prévenez les services de police.

Le photomaton, dit « l’insatisfait permanent ». Le photomaton change sa photo de profil comme de pellicules, c’est-à-dire toutes les semaines. Lancé dans une incessante recherche de l’originalité et de mise en scène de sa propre vie, le photomaton n’a pas de patience. Il ne peut se contenter d’une simple photo d’identité. Sa vie est tellement passionnante qu’il ne peut s’empêcher de nous en faire profiter sous l’angle des Martine : Martine à la plage, Martine chez Darty, Martine chez le Coiffeur. Si seulement Martine savait cadrer.

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Humeurs de José

Les 10 raisons pour lesquelles Federer ne doit pas gagner Roland-Garros

Dans le monde du tennis, ne pas supporter Federer, c’est un peu comme se balader nu dans une suite du Sofitel : c’est très mal vu. Et pourtant les raisons de détester cet helvète à Rolex ne manquent pas. Petit panorama.

1. La prononciation fallacieuse de son prénom. Malgré des us orthophonistes douteux, il faut rappeler que Federer s’appelle bel et bien Roger, comme Roger du bistrot et non « Rodgeur », comme semble le penser tous les tennix du coin. Vous avez déjà entendu parler de Rodgeur Hanin ou Rodgeur Salengro ? Moi non, donc acte.

2. J’en ai marre de voir Mirka à chaque changement de côté. Ce mix entre Magalie Vaé et Valérie Damidot m’irrite les yeux depuis 10 ans, faudrait quand même penser à en changer ou à lui présenter le Docteur Ducan. Assurément, la preuve d’un manque d’ambition ou d’un mental friable au moment de scorer.

3. Pour venger son coiffeur. Au chômage technique depuis 2002, date à laquelle Roger a décidé d’adopter sa coupe de G-Squad, qu’il compte apparemment garder jusqu’à sa mort.

4. Il a lancé la mode des mèches. Si aujourd’hui de trop nombreux collégiens/lycéens exhibent fièrement leurs mèches en sortie de bahut, c’est aussi à cause de Federer et de sa coupe, dont on ne dira jamais assez combien elle a pu influencer les jeunes populaires français. Merde, chéri, t’aurais pas vu mon polo bleu ciel ?

5. Son revers à une main est une horreur. En fait, les mecs qui font un revers à une main, c’est juste des types trop faibles pour faire un revers à deux mains. C’est un peu le revers des tennix qui jouent à la Wii ou au ping-pong. Faiblesse donc. Alors c’est sûr, en note artistique, il peut viser le « 5.9 », mais jusqu’à nouvel ordre, le tennis, ce n’est pas de la GRS. Bartoli l’a d’ailleurs bien compris.

6. Ana Wintour est une amie. En plus d’une chorégraphe pour son revers, Roger s’est adjoint des services de la papesse de la mode. Faudra pas s’étonner s’il se la ramène en marinière à Wimbledon. Et oui, les peignes-cul ont aussi le droit d’être au top des tendances. Dans deux ans dans ton open-space…

7. Il n’est pas français. Il essaye bien de tromper son monde avec ses casquettes « RF, aka République Francaise » et ses interviews en français LV2, mais non, Roger n’est pas français. Alors stoppons tout de suite ce favoritisme francophone totalement abscons. Parce que tu l’encourages autant, Stanislas Wawrinka ?

8. Il a le même jeu que Pete Sampras. Et Dieu sait qu’on se faisait chier à l’époque. Question charisme, c’est pareil. Federer a le charisme de Wawrinka (comique de répétition). Qu’on nous rendre Thomas Muster, le boucher autrichien ou Goran Ivanisevic, le boucher des Balkans, par pitié. Et je ne parle pas de ses interviews d’après match, digne de Jean-Francois Copé pour la langue de bois et de Ségolène Royal pour les sentiments dégoulinants. C’est limite s’il nous sort pas qu’il est content d’avoir pris les trois points et qu’il allait prendre les matchs les uns après et les autres. Et que la guerre c’est mal.

9. Pour glisser une quenelle à Arnaud Boetch et Lionel Kamoulox. Comme à chaque fois, le duo de mange-boule tennix passe la quinzaine à commenter avec la partialité d’un procureur chinois.  Pour Arnaud Boestch, cela peut se comprendre : les apéros passés avec Roger en Suisse sur le compte du contribuable français  ont logiquement altéré son sens critique. Quant à Chamoulox, il s’est assis depuis longtemps sur sa carte de presse, comme sur son devoir de réserve, pour adopter la position d’animateur, à raie bien coiffée, pour la ménagère de moins de 50 ans. Alors Rafa, si tu pouvais leur caler la barquette, comme chaque année, on pourra se délecter devant leur mine déconfite dimanche soir…

10. C’est un peigne-cul. T’as pas lu les 9 premières raisons ?

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Vie de bureau

Le dictionnaire corporate (3)

Tu n’as jamais dépassé le 12.5 de moyenne en anglais durant toute ta scolarité ? La novlangue corporate est là pour toi. En plus de styliser ton propos, elle te permettra d’utiliser des expressions qui feront croire à tes interlocuteurs que ta mère est professeur d’anglais. Du bluff pur et simple. Mais attention, l’important ce n’est pas les cartes, mais ce que vous en faites.

Monter en compétences : Chez toi, le dimanche, tu montes des armoires suédoises. Ou des suédoises sur l’armoire. En entreprise, tu montes en compétences. En clair, les missions qui te sont attribuées te permettent, d’une part de gagner quelques talents supplémentaires dans ta panoplie de col blanc (un peu) et, d’autre part, de remplir avantageusement les lignes de ton cv (beaucoup). Attention, monter en compétences est indispensable pour augmenter ta part variable à la fin de l’année. A ne pas négliger, donc.

Bilatérale : Expression bien connue des amateurs de gymnastique de reproduction sur sofa (GRS), la bilatérale n’est en fait qu’un simple synonyme de réunion. Seulement, ces réunions ne te concernent pas : elles désignent les rendez-vous réguliers entre le n, et la flopée de suppos gratte-papier lui servant de n-1. Pour prendre une image scientifique, la bilatérale représente le haut de la pyramide de l’entreprise. En fait, c’est un peu comme le barycentre, t’en as beaucoup entendu parler, mais tu sais toujours pas à quoi cela sert. Précaution d’usage, suite à une « bilat » qui tourne au vinaigre pour votre chef, vous risquez de vous en prendre une, en bilatérale également.

Lancer une consultation : Formule médicale tarifée généralement plus de 22 euros, la consultation vise à faire appel à un service externe afin d’effectuer une mission que l’entreprise est incapable de réaliser en interne. En clair, la consultation vise à remédier aux carences cérébrales d’un ou plusieurs collaborateurs qui, selon leur hiérarchie, feraient mieux de monter en compétences au lieu de palabrer à la machine à café sur l’avenir de la mode newyorkaise du nudisme hôtelier. La consultation s’accompagne parfois d’un oral pour tester la compétence des candidats. Un service tarifé qu’on vous dit.

L'entreprise Colgate

Le cahier des charges (rédiger un) : L’expression qui porte bien son nom. Aussi lourd et obscur que le programme du parti socialiste, le cahier des charges définit les attentes de l’entreprise envers son futur prestataire. Il s’articule généralement autour du COPAC (teaser habile, cf ci-dessous) que tu utilises Powerpoint après Powerpoint. Se rédigeant en amont de la consultation, il est important de prendre soin de son cahier des charges : c’est un peu comme ton cahier de santé, ça te sert surtout à te vacciner contre les emmerdes. Se précède à l’usage par une préposition d’emmerdement, comme dans : « du coup, tu me rédiges le CDC » qu’il faut contrer par la métaphore d’évitement « a non merde, je suis déjà sous l’eau là ».

Benchmark : Terme issu du mouvement monétarisme allemand du 17ème siècle, que l’on emploie plus communément sous le bréviaire de « bench ». Aussi, le bench est une étude soi-disant comparative qui vise en réalité à filouter des bonnes pratiques à la concurrence. En fait, le bench, c’est un CTRL-C/CTRL-V de la stratégie du voisin. Du simple plagiat sans ton coude et ton livre entre la table pour empêcher ton voisin de copier. Attention, le benchmark n’a rien de répréhensible, c’est une pratique de place couramment admise. Particularité cependant, la bench est un travail exclusivement réservé aux stagiaires. Selon l’APEC, 96% des CV des jeunes diplômés en font référence. « A oui, tiens, du coup, pour le bench…« 

Le « Copil » : Contraction à la mode dans le domaine du rallye automobile qui désigne le comité de pilotage d’un projet. A ne pas confondre avec le CODIR qui désigne généralement une assemblée de cinquantenaires dégarnis du bulbe à voitures de fonction, chauffeurs et stocks en options. Heureux hasard néanmoins, le Copil est un anagramme de picole et ça, c’est quand même bien drôle.

La place : Terme emprunté au CAC 40 et aux grands hommes pour désigner les grosses boîtes concurrentes. Aussi, peut-on, via un « bench », aller voir « ce qui se fait sur la place » et en déduire « des pratiques de place ». Employé avec tact en CODIR ou COPIL, il saura donner du poids à votre argumentaire auprès de votre hiérarchie. En découlera une démonstration solide du style « euh, c’est bon les gars, on peut y aller les autres le font aussi, on va pas se faire choper la maîtresse ». Attention, ne demandez pas « d’aller voir ce qui se fait sur la place » à un jeune un bleu-bite fraichement arrivé dans votre service. Il risquerait de le prendre au pied de la lettre ou de vous adresser un oui poli, tout en se demandant où se trouve cette satanée place que vous ne cessez d’évoquer.

Compliance : De nature sociale ou réglementaire, la « compliance » est un anglicisme courant dans le langage du consultant de base. En fait, son emploi relève d’une vanité de bon aloi, soit d’un bon coup au bulshit bingo car son équivalent français de « conformité », s’il ne fait rêver personne, veut dire exactement la même chose. En clair, la compliance est un bien triste exemple de la lente mort de la langue française en entreprise : c’est un « lol » adressé à cette dernière.

Matricielle : Se dit d’un raisonnement ou d’une démonstration qui combine plusieurs dimensions au sein d’un graphique avec abscisse, mais toujours ordonné. Associant le plus souvent le niveau de risque sur une échelle de temps, la matrice permet d’en mettre plein la vue dans les présentations powerpoint. Elle peut également donner lieu à des tableaux croisés dynamiques, qui te feront amèrement regretter de ne pas avoir choisi une carrière d’agent de la DDE et de pas avoir pris la pilule bleu.

Reporting : Cousin du benchmark. Découlant d’une démarche « top-down », le reporting est avant tout un anglicisme pour faire classe. Car en vrai, collecter des données dans d’interminables lignes Excel  pour les faire » remonter », cela n’a rien d’attrayant. Typiquement le genre de tâche poussant à embaucher un stagiaire, ou à se les sortir  pour ne pas être stagiaire trop longtemps.

Brainstorming : Réunion d’inspiration néolibérale  faisant le pari que la somme des intelligences individuelles participe à l’intelligence collective. Exaltant au début, le brainstorming devient rapidement ennuyeux, voir frustrant. Devant les inepties déblatérées par vos collègues, il vous arrivera parfois de manger votre table de dépit et ce pour éviter de la lancer avec rage. L’apparition d’insultes dans les débats marquera la fin de la phase brainstorm de la réunion, pour laisser place à celle,non moins créative de « savate et outrages » .

Le « COPAC » : Le carré magique du powerpoint. Le « thèse-antithèse-synthèse » connu de tous les amateurs de Smarts Art et de Bullet Point. C pour contexte, O pour objectifs, PA pour plan d’actions et C pour calendrier. Le COPAC est ancré dans la culture corporate, elle est une tradition non écrite qui se transmet de cravates en cravates. C’est d’ailleurs au bon usage du COPAC que l’on reconnait le vieux loup de mer de l’entreprise : il lui permet à la fois de ne pas trop travailler (le COPAC c’est comme le vélo, on ne l’oublie pas une fois appris) tout en lui garantissant clarté et respect auprès de sa hiérarchie. Le COPAC, c’est l’ISO 9000 de la présentation PowerPoint, si tu ne l’as pas, tout de suite, t’es moins crédible. C’est donc la clé d’entrée du monde de l’APEC, à rajouter d’urgence dans la rubrique compétences de ton CV (cela t’évitera de faire des études à rallonge, de perdre un foi tout en gagnant 5 ans de cotisation retraite).

Bulshit bingo : Jeu très en vogue chez le consultant et le chargé de mission qui s’en servent pour égayer leurs journées passées au bureau devant Microsoft Office 2003 et Google Actu. Consistant à placer des mots « corporate» en réunion ou en présentation, il contribue au développement de la novlangue franglaise de bureau dont vous devez désormais connaître les bases…

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Vie de bureau

Le dictionnaire corporate (2)

La novlangue corporate est une langue bien vivante, d’une richesse que l’inscrit à Pole Emploi ne peut soupçonner et qui nous entraîne, dès le premier café ou la première réunion matinale, sur des chemins de traverse linguistique.

« Se caler un point » : Expression à ne surtout pas prendre au pied de la lettre, car il s’agit en fait d’une métaphore corporate synonyme des fameux « on se cale une bouffe » ou du « on s’appelle ? » que l’on emploie lorsque l’on a le malheur de croiser un copain du lycée au rayon fruits et légumes du supermarché. En entreprise, on l’utilise au détour d’un couloir en arguant de surcroit une détresse temporelle « On se cale un point, je suis sous l’eau là » (cf article précédent).

« Du coup » : Expression en vogue dans le milieu sadomasochiste et girafon, le « du coup » est une préposition d’emmerdement de tout premier ordre. En effet, le « du coup » est quasi-systématiquement suivi d’un impératif venant troubler la quiétude de l’employé ayant un n supérieur ou égal à 2. Utilisé le plus souvent à la fin d’une réunion, le « du coup » est généralement précédé de la primaire onomatopée primato-nordiste « et ben ». Il s’’emploie donc de la sorte « Et ben, du coup, Nicolas, tu t’en occupes ». On ne dira jamais à quel point il faut se méfier du coup qui dort.

« Démarche ou process qualité » :  La qualité, c’est comme le développement durable et les apéritifs dinatoires, personne ne sait très bien à quoi ça sert, mais tout le monde en fait. Un seul conseil, dès que vous entendez cette expression, prenez vos jambes à votre cou sans demander votre reste : vous éviterez bien des souffrances.

« Etre en risque » ou « mettre en risque » : Hyperbole de col blanc s’exprimant avec un harpon dans le derrière qui permet d’exprimer une forte probabilité de se prendre une sévère chasse par sa hiérarchie. Ce qui est embêtant quand on est en risque, c’est que l’on a généralement 0 visibilité et qu’on se l’était bien dit, qu’il ne fallait pas y aller, dans cette usine à gaz. A noter qu’il est possible d’effectuer un transfert de risque en refourgant la patate chaude, via une habile passe en retrait, à un collègue qui n’avait rien demandé. Ce transfert de risque demeure un geste technique de très belle facture, nécessitant flair et fourberie : il est un art réservé au plus doué d’entre nous.

« Performer » : L’expression de bilingue. Appartenant au registre soutenu du language corporate, il est bien peu probable que vous ayez un jour l’occasion d’employer ce vocable. Elle est en effet majoritairement employée par des traders ou des comptables, ce qui permet de vous en situer l’acabit. A l’usage, cela donne : « j’ai performé grave sur mes objectifs, j’ai doublé mon variable ».

« RH » : Une fonction de videur, notamment lors de demande d’augmentation à laquelle le collaborateur se voit souvent objecter « Ah non, ça va pas être possible ». Les RH constituent ainsi la fonction la plus haïse dans l’entreprise, juste derrière la qualité. Il faut dire qu’ils exercent un métier aussi intéressant qu’un débat sur la compatibilité de l’HDMI avec le standard d’affichage VGA.

« Définir une trajectoire » : Métaphore automobile d’un usage croissant en entreprise. La trajectoire est un pré-recquis indispensable à toute politique de long-terme : elle permet de fixer des objectifs pluriannuels de progrès dans l’entreprise (5 points au bullshit bingo). Filant parfaitement la métaphore, la trajectoire s’accompagne obligatoirement d’un pilotage adéquat. Aussi arrive-t-il parfois que des directeurs se transforment en Jean-Louis Moncet en sortant des analyses à la Auto-moto du type : « On doit adapter le pilotage de la stratégie patrimoniale afin de rentrer dans notre trajectoire ». Vous l’aurez donc compris, définir une mauvaise trajectoire peut vous mettre en risque.

« Synergie » : Synonyme un brin pompeux de convergence, la synergie est une « conjonction slidée ». C’est en effet un terme qui ne s’utilise qu’exclusivement au sein d’une présentation PowerPoint. Aussi n’entendrez-vous jamais quelqu’un de normalement constitué affirmer qu’il faut établir des synergies entre deux tables éloignées à la cantine ou qu’il lui a manqué un brin de synergie pour emballer la plantureuse blonde de l’accueil. Si tel était le cas, n’hésitez pas à contacter les services sociaux les plus proches.

« Paradigme » : Conjonction slidée qui demeure le terme favori des bons joueurs de pyramide, motus ou de scrabble tant sa signification est multiple. Dans le monde de l’entreprise, le paradigme exprime un énorme bluff de la part de votre interlocuteur. Ne vous laisser pas berner par la grandiloquence du propos, celui qui prononce le terme paradigme n’a pas plus aucun jeu dans sa manche, et tente juste de vous impressionner avec un mot de 3 syllabes que l’on n’emploie plus depuis 1983. Ainsi, la prochaine fois que vous entendez ce terme en réunion, adressez à votre interlocuteur un petit sourire narquois : il comprendra alors que ce n’est pas au vieux singe que l’on apprend à tomber de la dernière pluie.

Jipé

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Porfolio catégorie Vie de bureau

Le dictionnaire corporate (1)

Ah, le monde de l’entreprise. Ces pompes à gland, ces machines à café et son humour corporate. Dans cet espace où le peigne-cul est roi se développe des codes et pratiques qui lui sont propres.  Mieux, un vocabulaire d’un genre nouveau apparaît. Parfois imagée, souvent détournée, la novlangue corporate est une ode à la métaphore. Si elle cache parfois le vide et la futilité des discussions d’entreprise, la novlangue corporate mérite cependant que l’on s’y attarde. Voici un florilège de ces quelques expressions, qui alimentent la logorrhée quotidienne du cadre moyen à cravate et salaire variable.


Être dans le pipe : Métaphore d’origine hawaïenne, traditionnellement utilisée par des beaux gosses aux cheveux longs jouant de la gratte sur une planche de bois, elle décrit dans un contexte corporate une période d’intense activité professionnelle. Expression particulièrement usitée par la hiérarchie, soit pour motiver les bleus-bites « bon les gars, on est dans un pipe énorme » soit pour éviter la vulgarité qu’entrainerait l’usage de son équivalent argotique «  putain, c’est la merde ».

Être sous l’eau/avoir la tête sous l’eau : Métaphore aquatique qui exprime un état de précarité temporelle dans lequel se trouve le salarié. Utilisée avec tact auprès de sa hiérarchie ou de ses collègues, elle constitue également une habile manœuvre d’évitement. Aussi, l’employé rusé n’hésitera pas à objecter que son statut amphibie ne lui permet pas de traiter une charge de travail additionnelle : « A non non Roger, je suis com-ple-te-ment sous l’eau, pas possible que je touche au bench ».

Ne pas avoir de visibilité : Expression préférée des non-voyants qui révèle l’expectative dans lequel se trouve un collaborateur. « Le manque de visibilité » s’accompagne généralement d’une tension et d’un stress, générateur d’ulcère et d’ambiance moisie dans le bureau.  Dans certains cas, plus rares, l’absence de visibilité est source d’oisiveté :  » ah ben non Richard, je peux pas avancer là, j’ai zéro visibilité sur le dossier Alpha».

Être en phase d’atterrissage: Métaphore aéronautique empruntée aux ingénieurs du Concorde, la phase d’atterrissage correspond à la finalisation d’un projet, d’un document ou d’une mission. Traditionnellement calme, l’atterrissage peut néanmoins connaître quelques irritants de dernières minutes, appelés « putain de turbulences » dans le jargon.

Irritant : Synonyme dermatologique d’un problème qui se veut à la fois agaçant, imprévu et chronophage.  A noter que si votre collègue est sous le coup d’un irritant, il vaut mieux ne pas lui adresser la parole.

Enjeu : Tout simplement le nom masculin le plus utilisé en entreprise juste devant « pause clope » et «allo, oui». L’enjeu est omniscient, il exprime le tout et le rien, le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas. Ainsi, selon l’usage, l’enjeu est à la fois un problème, une solution, un sujet, une histoire, un plan, un irritant, une joie, un obstacle, une fille de joie, du gasoil,etc etc…

L’usine à gaz : Expression judaïque tombée en désuétude après un usage excessif dans l’Europe des années 30, qui connaît un succès grandissant dans les open-space. Comme son nom l’indique, l’usine à gaz désigne un sujet brulant et potentiellement funeste pour l’employé en ayant la charge. Conjugué à toutes les sauces, son usage peut agrémenter avec goût une conversation Nespresso ( « je te le dit Jocelyne, l’Excel sur le reporting, c’est une vraie usine à gaz ») ou faire office de conseil prévenant  à un collègue zélé ( « n’y va pas José, c’est l’usine à Gaz ce dossier »). En clair, comme dirait l’autre (celui des années 30), vous ne pourrez échapper à l’usine à gaz.

Concaténer : A ben oui. En entreprise, on ne regroupe pas, on n’empile pas, on concatène les informations. Pourquoi faire simple quand on peut utiliser un terme à plus de 3 syllabes et exposer ainsi au plus grand nombre dans un courriel toute sa maîtrise de la langue française. Attention, en utilisant ce genre de terme pédant, vous risquez de provoquer saignements  de nez et agacement auprès de vos interlocuteurs. Des insultes sont également à prévoir.

Performancielle : Ne cherchez pas, ce terme n’existe tout simplement pas. Il s’agit pourtant du néologisme le plus employé par nos collègues ingénieurs. Mais si, la bande de mecs du 5ème, ceux que tu ne vas jamais voir car tu ne bites pas une broque de leur réponse quand tu leur demandes l’heure. La preuve, ils inventent des mots dont le terme performancielle qui n’est autre que le mix, audacieux, entre performance et tendancielle.  Et qu’on ne vienne pas me dire que l’usage intensif du cosinus et de la racine carré ne présente pas de danger !

Collaborateur : Expression franco-allemande des années 30 (décidément) qui retrouve une certaine vigueur dans le cercle des ressources humaines. Remplace avantageusement « salarié » ou « employé » dans la novlangue RH.

Tenter/faire une sortie : Métaphore de poilu qui vise à prendre la parole en réunion, le plus souvent pour défendre sa position face aux attaques d’un collègue malveillant. Attention, tenter une sortie ne s’improvise pas, elle n’est pas sans risque et bien des audacieux se sont pris des rafales en retour. A utiliser avec précaution, donc.

Chronophage : Se dit d’une activité, projet ou dossier qui entraîne une présence bureautique telle, qu’elle empêche l’employé de s’adonner à son activité crépusculaire préférée, à savoir regarder «L’amour est dans le pré ».

Être au milieu du gué : Métaphore provenant du Marais et  qui indique le niveau d’avancement, médian, d’un projet. A noter que l’on peut aisément combiner « un milieu du gué », un « bench » et un « sous l’eau » avec un peu de pratique : le Bench ? On est milieu du guet, mais je te cache pas qu’on a la tête sous l’eau.

Être dans la soute : Métaphore terroriste désignant une activité en cours de réalisation et qui, pour une fois, ne semble  pas poser de problèmes : « t’inquiète Robert, le reporting est dans la soute ». Attention cependant, les bombes explosent souvent de la soute.

Dans la vraie vie : Expression humaniste désignant les pratiques à l’œuvre en entreprise. Souvent prononcée par la hiérarchie avec un petit air condescendant : « non mais tu comprends, dans la vraie vie, cela ne marche pas comme cela ».

 

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L’indispensable inutilité de facebook (3) : l’aliénation de l’indolent

Ta copine de CM2 a passé ses vacances à Marbella avec son copain soudeur/fraiseur. Ton voisin de 4ème C a des problèmes de réfrigérateurs. Et d’orthographe. Ta petite sœur de 14 ans sort avec un punk à chien de 28 ans. Toutes ses informations, frisant l’essentiel, te sont quotidiennement apportées par ta page d’accueil Facebook. Et malgré leurs caractères futiles, tu n’arrives pas à décrocher. Tel un junkie avec sa piqure, tu ne peux t’empêcher de consulter ton « news feed » dès que tu as un instant de libre. L’espoir d’un post sur ton wall, d’un message inbox ou d’une décapante nouvelle te poussent à scruter perpétuellement ce site, que tu as soigneusement mis dans tes favoris. A la maison comme au boulot bien évidemment. Profil après profil, photo après photo, statut après statut, l’oisiveté du voyeur t’éprend sans crier gare. Et bien figure toi, cher lecteur avachi (redresse-toi un peu, c’est bon pour ton dos), que ce phénomène a désormais un nom. On appelle cela l’aliénation de l’indolent, ou plus couramment, la nonchalance du geek…

Le Baby book, l’accouchement en toute discrétion

On a tous, dans nos contacts, une amie qui a eu la bonne idée, outre d’arrêter l’école très tôt, de tomber enceinte à l’âge de 24 ans. Mieux encore, il se peut que l’une d’entre elle ait décidé de vous faire vivre sa grossesse via ses statuts Facebook. Alors au début, le ravissement est de mise. Les messages de félicitations fleurissent, l’allégresse se propage, l’euphorie gagne le mur de la jeune maman. Pire que l’élection d’Obama. On passera sur le torrent de guimauve rependu pour l’occasion et sur l’idée, pour le moins discutable, d’avoir un marmiton aussi jeune.  Enfin là n’est pas là question. Aussi, durant les 8 premiers mois, les statuts se font plutôt rares. Seul le sexe du bambin et d’autres anecdotes gynécologiques viennent agrémenter le wall durant cette période. Faut dire que malgré la grossesse, le couple travaille dur. Et oui, il ne va pas se rembourser tout seul, le prêt pour le Scénic. En fait, tout s’accélère durant le dernier mois. En plus des travaux de la maison récemment achetée, également à crédit, les travaux pour la grossesse ont tendance à effrayer madame. Cette dernière ne trouve alors rien de mieux que de nous faire partager son angoisse via ses statuts. Et autant dire que cela vire à l’obsession. Petit apercu :

Mardi 5 mai : Vacances. On va en profiter pour faire le salon.

Samedi 9 mai : Pensez voir sa crevette à l’écho, mais non rdv annulé 5min avant…

Dimanche 10 mai: Fatiguée….

Samedi 17 mai : Début de la congé maternité. Dans deux mois, elle sera parmi nous.

Mardi 30 mai : J’en peux plus, fait trop trop chaud….Heureusement, le salon est terminé !

10 Juin : Pas mal de douleurs aujourd’hui et mauvaise nuit15 juin. Elle peut arriver maintenant, il y aurait plus de soucis majeurs. Selon la sage femme , je serais à terme au 25/06

17 juin : Que faire par ce temps ??…Pourquoi ne pas accoucher ?

20 juin : Peut-être une histoire de jours….?!

L’accouchement n’ayant pas encore eu lieu, son calvaire, et le nôtre, n’est malheureusement pas terminé. On imagine déjà tous la scène, quand, prise de contractions, la jeune maman en train de perdre ses eaux sur la plage arrière de la Scénic au grand désespoir de son mari, hurlera à celui-ci d’un ton paniqué : «  Merde, chéri, je n’ai pas mis à jour mon statut facebook ! Fais demi-tour, on rentre à la maison ! »

Death book, l’enterrement en toute dignité

Dans la même veine, j’ai reçu la semaine dernière une invitation d’un nouveau genre : il s’agissait d’un event pour un enterrement. La page m’apprenait qu’une amie de ma voisine du premier trimestre de CM2 (une proche donc) était morte à l’âge de 24 ans. Même si je ne connaissais pas la demoiselle en question, je fus assailli par une vive émotion et une sincère tristesse. La sobriété de l’hommage probablement. Ou l’orthographe, plus certainement. Les mots sont souvent dérisoires dans ces moments-là. Effectivement :

 » C’était trop jeune pour mourir » . De mémoire, on n’a jamais entendu le contraire.

« Je n’oublierais jamais les délires passés ensemble au lycée ». Du verbe « Je passe un délire, tu passes un délire, il passe un délire, nous passons un délire,… »

« Tu avais toujours la joie de vivre, une vrai bout en train » . « Une boute en train », je veux bien. Un peu limite comme humour quand on apprend quelques posts plus tard qu’elle était dépressive et qu’elle s’est jetée sous un train.

Alors que les messages d’hommages affluaient sur le mur, je répondis par la négative quant à ma présence à l’enterrement. Un peu honteux de ma défection, je fus cependant rassuré par la teneur du message de Gerard B, un ami de la victime. Ce dernier disait en substance « Toutes mes condoléances. Mais demain je ne peux pas, j’ai dos crawlé ». Tandis que j’imaginais toute la tristesse des parents s’ils venaient à tomber sur ce genre de message, je faillis m’étouffer avec mes chocapics. En effet, une notification m’avertit qu’une page à l’honneur de la défunte venait d’être crée. En gros, je pouvais liker son décès. Morte, la jeune fille dépassait les 50 fans/amis, bien plus que pendant toute sa vie. I don’t like this.

Typologie des usages, petit complément (cf article précédent)

Le jeune actif, dit le néo-peigne-cul. Pompes à gland et costards cravates. Mais surtout Facebook et Blackberry. Car le jeune actif abreuve son mur qu’à partir de son Blackberry Pro, fourni par sa boîte. Ne poste que dans 3 situations bien précises. A 22 heures, en semaine, pour exprimer son agacement d’être encore au bureau à cette heure tardive. A 3 heures du mat, le week-end, pour exprimer son plaisir de se rincer la tête au champagne. A 16 heures, le dimanche, pour exprimer son mal de tête.

L’Erasmus, dit le photomaton polyglotte. Très facile à repérer avec son mur quadrilingue. S’amuse à poster les photos de toutes ses soirées dans le seul but d’exaspérer ses amis restés en France. D’ailleurs, c’est simple, il ne possède que des photos de soirée, comme si sa vie en Erasmus se limitait à celà ( a si merde). Certaines sont sympathiques, d’autres moins flatteuses. En fait, il faut savoir qu’en Erasmus, avant de sortir, un SAM est désigné. Mais lui, il ne roule pas. Il accumule les dossiers. La dissuasion nucléaire, t’as déjà entendu parler ?

Le souhaiteur d’anniversaire, dit le tocard commémoratif. Il a un profil très particulier, un peu monomaniaque. Son activité sur Facebook est réduite au souhait des anniversaires de ses contacts. Sait l’exprimer en 12 langues et en plus de 32 expressions différentes. Si vous en connaissez un dans vos contacts, n’hésitez pas à lui indiquer l’adresse d’un médecin : les TOCS se soignent.

L’auto-like, schyzophrénie ou narcisse ?

Comme si le « like » ne suffisait pas, voilà que débarque en force l’auto-like. Signe d’un égo monumental ou de chevilles enflées, l’auto-like a pour but de mettre en valeur son statut, sa photo, sa vidéo, en likant sa propre activité. La logique du geste m’échappe pourtant. A moins d’être un schizophrène de talent, on poste toujours des statuts avec laquelle on est d’accord, non ? Pourquoi donc, réaffirmer avec force et narcisse, son amour pour sa propre activité ?

Putain, cet article est tellement bon, je crois que je vais me liker

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Portraits de Jean-Mi

Eden, le Golden

La vie est faite de petits plaisirs que l’on a vite fait d’ignorer si tant est que l’on n’y prête pas égard. Bien heureusement, Facebook est advenu. Cette plateforme communautaire mais pourtant pas socialiste, savant mélange d’exhibitionnisme, de voyeurisme et de connerie humaine, regorge d’une multitude de petites histoires plus savoureuses les unes que les autres. Aujourd’hui, laissez-moi vous compter celle d’un petit être tout à fait charmant, « super compagnon, très sociable, gentil, affectueux et joueur ». Ce récit est celui d’Eden. Eden, le Golden.

Eden, symbole d’une pathologie lourde

Alors non, le récit d’Eden n’est pas celui un jeune haïtien que l’on vient de sortir des décombres. Eden, comme son nom de l’indique pas, est un chien. Oui, un chien, un cabot, un cleps, un canidé, un toutou, un molosse, bref, un quadripode décervelé à poils. Mais alors, me direz-vous, qu’est ce qu’il a de si spécial ce pauvre clébard ?

[obj align= »left »]Sus au roux de corbeille ! [/obj]

Et bien, figurez-vous qu’Eden, du haut de ses 30 cm canin, possède une page Facebook. Alors devenir fan de sa chanteuse préférée, de faire des barbecues entre amis et du gel douche au monoï passe encore, mais créer une page en l’honneur et à la gloire de son partenaire canin, nous fait clairement passer au stade de la pathologie lourde. Du pervers borderline, assurément. Car, si l’on récapitule l’ensemble des étapes pour en arriver à devenir fan virtuel de son propre chien qui est en train de saloper, pour de vrai, son appartement, le constat devient vite accablant :

1) Avoir l’idée d’acheter un chien. Premier symptôme. Un chien, c’est un peu comme un beauf, mais en pire: ca pue, ca gueule et ca en fout partout.

2Avoir l’idée d’acheter un chien quand on vit dans un 30 mètre carré. Remède à la solitude le toutou? Perso, je préfère être seul plutôt qu’avoir des poils dans mon lit, des crottes dans ma cuisine et être obligé d’ingurgiter des croquettes le soir, car je savais pas que ces putains de croquettes étaient si chères et que je n’ai plus d’argent pour m’acheter autre chose.

3) Créer un compte Facebook. Plutôt voyeurou plutôt exhib?

4) Créer une page en l’honneur de son chien. Alors là, c’est le passage à l’acte inexplicable, le geste insensé que personne ne comprend. Les meilleurs psy étudient en ce moment même la pathologie  (même l’hystérique névrosée ne va pas si loin).

5) Mettre des statuts à son chien. Bon là, c’est bon, on y est. Le fond du fond du panier. Même les mineurs de Sibérie ne creusent pas aussi profond. Le cerveau humain, cette si belle machine, est ici utilisé pour penser comme un chien. On appelle ca de la régression. Le cauchemar de Darwin, en sorte.

La vie d’Eden, une vie de chien

Alors, nous y voilà. Eden, le Golden exhibe désormais sa vie sur Facebook, photos et vidéos à l’appui. Et il a déjà 17 fans, le bougre. Pourtant de Golden, il n’en a que le nom. Car, en plus d’exhiber sa face canine par nature peu avantageuse, Eden a le don de nous écorcher la rétine avec une rousseur des plus horripilantesUn chien roux, que Dieu nous garde.  Mais si l’on excepte ce détail de l’histoire, il a une vie drôlement excitante le Eden et ca, il prends un malin plaisir à nous le faire partager :

« Aujourd’hui, j’ai détruit mon premier os, et maintenant je dors » => habile, le fourbe

« J’adore faire pipi, bien marcher dedans, et aller coller mes pattes partout dans l’appart » => trop mignon, trop mignon !

« J’adore jouer avec les chaussettes de ma maîtresse ! » => tant que c’est que les chaussettes..

Encore un qui va finir à la SPA...

N’en jetez plus, la coupe, ou plutôt la corbeille, est pleine. Déjà Eden le Golden, c’est quoi ce nom ? Une nouvelle marque de pomme ? Une référence à un jardin biblique ? Un peu de dignité pour ce pauvre chien quand même. Non, je déconne, le chien est à l’homme ce que le temps passé dans la salle de bain est à la femme, du superflu. Et puis, faudra un jour définitivement arrêter de nous bourrer le mou avec cet adage, stupide, qui affirme que le chien est le meilleur ami de l’homme. Certes, les  hommes peuvent être des chiens, mais vous en connaissez beaucoup des canins qui enquillent des canons aux bars et qui discutent, 51 à la main, l’Equipe dans l’autre, de l’insoutenable légèreté de l’être (Kundera, inculte) ?

Donc, en attendant, je vais me contenter de la misère humaine comme compagnon. Enfin, il y a misère et misère. Misère de ceux qui créent un groupe virtuel à l’honneur de leur chien. Et misère de ceux qui n’ont rien d’autres à foutre que de se moquer des premiers. Mais personnellement, je vous conseille cette dernière, elle est bien plus douce et délectable.

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Portraits de Jean-Mi

24 heures dans la vie de Marcel

Marcel, 60 ans, dont 40 ans d’atelier friteuse chez Moulinex (72130 Fresney sur Sartre). Profite désormais pleinement de son licenciement, sans préavis, et de ses maigres indemnités de départ, sans scrupules. Florilèges.

7H30 : « Combien la Thaïlande possède-t-elle de sous-marins nucléaires, Mr Mitterrand ? ». Tous les matins, Marcel se réveille au son de la pertinence de Jean-Jacques Bourdin (« enfin un journaliste qui pose de vraies questions ») et de RMC info (« enfin une radio proche du peuple, pas comme les crypto-marxistes de RTL »). Attention, son plaisir matinal ne s’arrête pas là. Café au lait (l’ami Ricoré) et tartines de boursin embellissent avantageusement la table de la cuisine, pourtant déjà ornée d’une superbe nappe en motifs de cerf. Ouest-France ouvert en page régionale, Roger invective Bérangère, sa femme depuis 43 ans, fruit d’une rencontre dans l’atelier électroménager de Moulinex : «  Et Bébère, y’a Jacky en page  7 : il a gagné un concours de tunning sur le parking du SUMA. Sacré Jacky ! »

8h30 : Alerte Cobra commence sur TF1. Rex, chien-flic et le Renard suivent sur la 2. « On m’dira ce qu’on voudra, mais nos voisins allemands, ils savent y faire en série télé ». En hommage, Marcel a acheté un berger, allemand, qu’il a appelé Horst

10h30 : Détour chez Roger, le propriétaire du café de la poste, unique bar PMU du village. « Comme d’hab’, Roger ». «  T’as vu ce qu’il se passe au Kosovo ? Non, Kosovo, pas Auto-Moto. J’avais un ami kosovar à l’atelier. Enfin, collègue, faut pas déconner ! A non, parce qu’on les connait… ». Oui, Marcel et Roger adorent refaire le monde au détour d’un comptoir.

11h : Fresney Sur Sarthe/ Saint Aubin de Locquenay. La belle affiche : la crème de la DH (division d’honneur inculte) est présente. C’est l’affluence des grands jours au bord du terrain municipal et tant pis pour la messe. Le Picon coule à flots. Les insultes  aux adversaires et à l’arbitre aussi. Marcel s’en donne à cœur joie «  Et encu…, retourne dans ta campagne, payyysannn ! » « Y’a péno là, hein Mich, hein Mich, ya péno ! Fumier ! » « Ehhhhhh, l’arbitre, fais gaffe à ta Twingo !!! Salaud ! ». Aucune méchanceté dans cette logorrhée villageoise, une fois le match fini, tout le monde se retrouve au club-house pour partager une 1664 en regardant la fin de Téléfoot. «  Putain, les cons, ils ont enlevé le top but ! »

13h : « Et oui, ici à Saint Maurice en Trièves, il est une tradition qui se perd, la pêche d’automne en eau douce avec gourdin ». Pause méritée pour Marcel après cet harassant début de journée : le journal de 13H de JPP (Jean-Pierre Pernault, ducon).  Catéchisme audiovisuel, le magasine de JPP informe Marcel et ses amis, mieux il les cultive et les éclaire sur un monde qui leur échappe parfois. « Et Lucien, t’as vu la coupe de Royal ? Non, Lulu, pas un kir royal, Ségolène Royal.  On dirait le caniche de la mère Michu ! » Ben oui, Marcel, Lulu et Roger adorent parler politique autour d’un comptoir. « Rooger, elle arrive la petite sœur ?».

13h30 : L’heure du Tiercé. L’hippodrome de Longchamp, Marcel le connait comme son jardin. 40 ans de 2 sur 4 à l’heure du digestif, autant dire qu’à coté, il peut aller se rhabiller Omar Sharif. «Et comment que je l’ai aussi, la passion des courses ! »

13h40 : Marcel monte sur sa Vespa, guidon torsadé et pot ninja, direction le lac municipal. Concours annuel de pêche à la carpe cet aprèm. Récompense : son poids en Picon. «Tu penses que je vais y aller… »

15h50 : Aller/retour express au café de la Poste, c’est l’heure du Rapido. « En sus, tu me mettras un Vegas, Roger. En sus, pas une suze…Il est con ce Roger ! » Marcel n’a jamais rien gagné, si ce n’est 57euros, une fois, au bingo. 2 euros pour un millionnaire ? Le prix de l’espérance qu’il appelle cela Marcel.

18h : Résultat du concours de pêche. Pourtant triple tenant du titre, Marcel ne finit cette fois que 3ème. « Une carpe de 3.6 kg. 3ème, tant pis pour le Picon, un abonnement de 1 an au « Pêcheur de France » c’est quand même pas mal ! »

18h15 : « Ouf, tout juste pour Question pour un Champion. Bébère t’as enregistré des Chiffres et des Lettres ? ». Tout comme Julien Lepers, Marcel ne répond pas aux questions, c’est tout juste s’il les comprend. « Mais bordel, Bébère, faudrait que je m’inscrive, juste pour essayer ces buzzers fluos! »

18H45 : « On mannnnge ». La voix rauque de Bérangère arrive jusqu’au salon. C’est l’heure du souper. Soupe aux légumes du jardin et aux miches de pains grillés. Patates à la poêle et reste de pâté en croute. « Nom d’une chique, qu’est ce que c’est bon».

20h30 : Ligue 1 Orange au bistrot. Le match n’est qu’un prétexte. Marcel retrouve tous ses potes de Moulinex au bar. Lucien,  Roland, Gérard, Jacky, et René, la fine équipe est au complet.  L’heure est à la mousse et aux confidences. Parfois même, les confidences sont en mousse. Mais peu importe, entre deux canons, l’équipe de l’atelier 7 (comme on les appelait chez Moulinex) aime à se retrouver pour évoquer -souvenirs, vestiges, anecdotes- chasse, pêche et tradition- calembours, demis et balivernes…Bref, là où tout n’est que luxe, calme et volupté (ou pas, mais là n’est pas la question).

23h : Le temps n’est désormais plus à l’analyse politique. Le temps est à la chance aux chansons. « Il est des noootres, il a fini son verrre comme les autres ! » «  Jacky, Jacky, ta 4L elle est pourrie » «  Et Roger, une suze et l’addition ».

00H : Roger se couche, le sourire en coin. Heureux, il se remémore sa pleine journée. Heureux, il s’endort avec Bérangère dans une main, une pilule de Viagra dans l’autre…

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L’indispensable inutilité de Facebook (2) : typologie des usages

Alors que certains constats demeurent d’actualité, voici une typologie non exhaustive des différents usages que l’on peut faire de Facebook. Seras-tu te reconnaître dans la catégorie qui te correspond ?

– L’oisif contemplateur, plus communément appelé « le voyeur de bureau ». Une activité facebookienne réduite à l’acceptation de « friend request ». Point de commentaires superflus, de photos intempestives ou de « i like this » dans son usage, le contemplateur se faufile de wall en wall sans laisser la moindre trace. Mi-Léon, mi-James Bond, il connaît néanmoins votre vie par cœur. Ben oui, à défaut d’activités, le contemplateur sait lire…

– L’hystérique névrosée, plus communément appelé « la ménagère de moins de 25 ans ». A remplacé son psy par Facebook. Mal lui en a pris, car la névrosée s’emploie à pourrir votre news feed toutes les 7 minutes (en moyenne) pour y raconter sa vie. Passe son temps à geindre contre la société, son patron, son petit-ami, son mixeur-cuiseur dont on connaît désormais tous les défauts. Fervente utilisatrice du « i like this », de l’humeur du jour ( qui est mauvaise 2 jours sur 3) et de l’horoscope. Bref, une vie de merde en temps réel.

– L’étudiant, plus communément appelé « le chatteur d’amphi ». Passe l’intégralité de ses cours sur le chat de Facebook à discuter avec son voisin de droite, de gauche, de devant et de derrière. S’amuse à lancer Sarko, à gérer un aquarium ou à faire pousser des pommes dans des jeux aussi divertissants qu’inutiles. Courageux, l’étudiant n’hésite généralement pas, au bout de 2h d’amphi de compta/gestion, à critiquer le prof à coup de messages revendicatifs sur son wall. Amateur de vidéos caustiques, l’étudiant connaît les derniers buzz du net et vénère Culture-Pub et Vidéo Gag.

– L’écorché revendicateur, plus communément appelé « le syndicaliste de clavier ». Considère Facebook comme un lieu de débat et d’expression de son opinion politique. A voté Aubama sur son wall. N’hésite jamais à s’élever contre l’injustice et la faim dans le monde. Son statut représente sa liberté d’expression, les groupes ses moyens de pressions. Entend faire changer la mentalité des gens en faisant partager des articles qui dénoncent et s’engage volontiers dans d’interminables débats d’idées et de wall avec ses interlocuteurs. De la démocratie participative, en quelque sorte…

– L’amoureux transi, plus communément appelé «l’exhibitionniste amoureux». Aurait déclaré sa flemme à sa chère et tendre sur le chat de Facebook. Se sert de Facebook pour afficher son bonheur au grand jour et son amour éternel : les photos de son couple en vacances (à la piscine, dans le métro, chez le médecin) et autres coeurs ornent gracieusement son wall. A pris la mauvaise habitude de signer l’ensemble de ses statuts par « je t’aime », ce qui peut parfois prêter à confusion : « Elle a pris un sacré coup. Je t’aime », « Reviens de chez la boulangère. Je t’aime ».

– L’ironiste perpétuel, plus communément appelé « l’humoriste de coopérative ». Il considère Facebook comme une grande farce et s’en amuse à grand renfort de groupes débiles. Elève de Pierre Palmade, il n’est jamais avare en bon mots. Le second degré, les jeux de mots « ramoucho », les calembours à la Ruquier l’accompagnent dans sa quête du rire. Parfois lourd, parfois presque drôle, l’ironiste se gosse du malheur des gens et plus particulièrement des roux. Tellement possédé par ses croyances de carambar, il rira même à une blague de Muriel Robin…

– Le poète disparu, plus communément appelé « monsieur citation ». Inscrit sur Evène.net, le poète s’évertue à décrire sa vie sous forme de citations d’auteurs qu’il n’a, pour la plupart, jamais lu. Un apôtre de la guimauve et de vérités premières qu’il se sent, malheureusement, obligé de nous faire partager : « A quoi ça sert les émotions pour toi tout seul? (Anna Gavalda) , « ce n’est pas toi qui fait le voyage, c’est le voyage qui te fait »( auteur inconnu), bla bla bla…

Les vieux, plus communément appelé « les intrus ». Anciennement réservé aux étudiants boutonneux, Facebook s’ouvre désormais aux anciens, je veux parler des plus de 30 ans. Nombreux sont les jeunes qui furent désarçonnés par l’ajout, en ami, de leurs propres parents. Le vieux ne comprend généralement rien à Facebook, mais est en général bien content de voir des photos de sa progéniture (on comprend bien ici pourquoi Facebook est source de conflits). Les plus habiles d’entre eux posteront quelques photos de leurs familles pour montrer leur réussite sociale, leur Laguna Break et leur bichon à d’anciennes connaissances perdues de vue il y a fort longtemps. De bien belles après-midi de retrouvailles faites de scrabbles et de thé vert en perspective…

– Le vantard, plus communément appelé « le posteur corporate » . Ne poste que ses propres réalisations, qu’elles soient journalistiques, télévisuelles, futiles ou les 3. Son mur est donc une gigantesque plateforme publicitaire dédiée à son propre travail. Pratique généralement l’auto-like au cas où il oublierait combien il aime ce qu’il fait .

– Le déserteur, plus communément appelé « l’encéphalogramme plat ». Aussi actif sur son mur qu’un postier à son guichet. Pas de like, pas de post, pas de potes pour lui poster une ineptie sur son mur. Voulait pourtant échapper à sa condition pourrie en s’insrivant Facebook.  Malheureusement, son profil virtuel est à l’image de sa vraie vie, un échec.

– Le Likeur plus communément appelé « l’admirateur compulsif ». Personne qui aime beaucoup de choses dans la vie, si l’on se réfère au nombre impressionnant de « like » lâché dans une journée.  Le likeur vous aimera dans toutes les situations : quand vous mangez une pomme, quand vous postez un bide, quand vous publiez une photo de machines à laver. S’il flattera votre ego, le likeur a tendance à s’attacher et il n’est pas rare de voir l’ensemble de votre mur « liké » par ce dernier. Si c’est un avion de chasse, réjouissez-vous, si c’est une connaissance masculine du collège qui conduit des bus scolaires, prévenez les services de police.

– Le jeune actif, plus communément appelé le néo-peigne-cul. Pompes à gland et costards cravates. Mais surtout Facebook et Blackberry. Car le jeune actif abreuve son mur qu’à partir de son Blackberry Pro, fourni par sa boîte. Ne poste que dans 3 situations bien précises. A 22 heures, en semaine, pour exprimer son agacement d’être encore au bureau à cette heure tardive. A 3 heures du mat, le week-end, pour exprimer son plaisir de se rincer la tête au champagne. A 16 heures, le dimanche, pour exprimer son mal de tête.

– L’Erasmus, plus communément appelé le photomaton polyglotte. Très facile à repérer avec son mur quadrilingue. S’amuse à poster les photos de toutes ses soirées dans le seul but d’exaspérer ses amis restés en France. D’ailleurs, c’est simple, il ne possède que des photos de soirée, comme si sa vie en Erasmus se limitait à cela (ah si merde). Certaines sont sympathiques, d’autres moins flatteuses. En fait, il faut savoir qu’en Erasmus, avant de sortir, un SAM est désigné. Mais lui, il ne roule pas. Il accumule les dossiers. La dissuasion nucléaire, t’as déjà entendu parler ?

– Le souhaiteur d’anniversaire, plus communément appelé le tocard commémoratif. Il a un profil très particulier, un peu monomaniaque. Son activité sur Facebook est réduite au souhait des anniversaires de ses contacts. Sait l’exprimer en 12 langues et en plus de 32 expressions différentes. Si vous en connaissez un dans vos contacts, n’hésitez pas à lui indiquer l’adresse d’un médecin : les TOC se soignent.

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J’accuse !

J’accuse !

Lettre au Parisien, et aux journaleux qui composent sa rédaction.

« Me permettez-vous, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée par la plus honteuse, de la plus ineffaçables des tâches ? » ( Zola, J’Accuse, le vrai. Voir : culture)

Révéler que certaines scènes de l’émission préférée de millions de Français, à savoir le Grand Frère, étaient scénarisées (voir truquées) relève de la plus perfide crapulerie. Et autant vous dire, et pour cela je n’hésiterais pas à citer le coiffeur/poète Galouzeau de Villepin, que « l’ignominie et la calomnie ne passeront pas ». Les vilenies et les affabulations déversées par torrents entiers dans votre article de ce jour, ne sont que vaines souillures dont la bassesse m’oblige à la protestation. Il est des causes pour lequel résister est un devoir, en voici une pour laquelle l’honnête homme ne peut se soustraire.

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En effet, la défense du Grand Frère est une obligation citoyenne et éthique. Et oui ma petite dame. Car le Grand Frère, c’est une photographie de la France d’en bas, un sondage Ispos en temps réel, un baromètre de la beauferie ordinaire qui nous est offert sur un plateau télé à chaque épisode. On ne remerciera jamais assez les dirigeants de la première chaîne pour nous dénicher des talents cachés, qui enrichissent quotidiennement nos belles régions (du Nord) de France. Le Grand Frère, c’est à la recherche de la Nouvelle Star avant l’heure. On se rappellera d’ailleurs que le créateur du concept n’est autre que Julien Courbet (rien à voir avec Gustave), ancien preux défenseur de la veuve et du débile qui se fourvoie désormais sur le service publique (prends ca, Pierre Bellemare). Mais là n’est pas la question.

La question porte sur la véracité de vos propos. Et alors là, permettez-moi de douter. Affirmer que les cas sociaux présents dans l’émission sont des acteurs m’apparaît vivement discutable. Soit vos dires sont fallacieux et dans ce cas, nous avons affaire à du bidochon d’élevage élevé à l’air pur. Soit vos dires sont vrais, et dans ce cas, les acteurs sont eux-mêmes des cas sociaux car un tel niveau de déficience n’est pas toléré au cours Florent (exception faite de Mathilde Seignier). Dans tous les cas, les protagonistes sont d’illustres beaufs mi-prolétaires mi-Tacchini. On ne fera pas croire que Mathilde, 16 ans, obèse-gothique ne parlant plus à sa mère depuis que son père est parti avec la cremière, est une actrice. Même constat, pour Kevin, 18 ans, BEP tourneur fraiseur au lycée professionnelle de Roubaix qui ne parle plus à ses parents au chômage et qui a même, un jour, dans un excès de colère incontrôlé, deglingué la table basse ou trônait télé 7 jours ouvert sur la page des mots croisés.

Dès lors, s’attaquer au Grand Frère, c’est s’attaquer à la France. La France, la vraie, celle qui se lève tôt, celle du maréchal, euuh..du général. Car Pascal, c’est avant tout le respect de la famille, du travail bien fait, et de la patrie..Oh, et puis meeeerde. Plus sérieusement, Pascal c’est le grand frère que tout le monde aimerait avoir, celui qui te remet dans le droit chemin d’un simple regard, celui qui te met une avoine quand tu gueules trop fort, celui qui t’apprends en même temps la boxe thaï, le yoga et la drague au Macumba. Pascal, c’est Chuck Norris avec la psychologie d’Evelyne Thomas.  Bref, en quelques années, Pascal est devenu le grand frère de nombreuses familles françaises, elles-mêmes avachies devant leur poste. On imagine ainsi, Roger et Jocelyne, vociférant sur Tony, leur fils en 3ème option technologique, le menaçant de la sorte :

« Ohhh Tony, si cela continue, je vais appeler le Grand Frère ! Alors tu me ranges cette barrette, et tu oublies pas de faire le plein de la Derby pour aller au foot ! Attention, Tony hein, ho, hé ! »

Et oui, le Grand Frère véhicule des valeurs qui se perdent ma petite dame ( « Ohh oui, me le faite pas dire, de notre temps, on savait ce que c’était le respect. Et oui, madame, c’était mieux avant, maintenant, vous savez les jeunes, ce sont des brigands »). Et en ces temps où l’identité nationale fait débat, voici bien un programme fédérateur que les ignominies de journaleux parisiens ne feront pas fléchir. Et comme pour moi l’identité nationale, c’est regarder Confessions Intimes ou Pascal en mangeant un kebab, et bien rien que pour cela, j’allumerais ma télé mardi prochain…

« Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme » ( Zola, le même)

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L’ingénieur

Tu te souviens du petit mange-boule à lunettes qui faisait les divisions plus rapidement que toi en CM2 ? Celui-là même qui, au collège, préférait jouer à la Game Gear plutôt que de tâter le ballon de foot  à la récré ? Mais si, rappelles-toi, celui qui a passé sa terminale, un livre de math spé sous les bras, son acné dans l’autre. Et bien, cet être un peu à part, que tu as certainement perdu de vue depuis, a, contrairement à toi, (futur) fouineur du pôle emploi, réussi sa vie. Il est devenu ingénieur…

Ca ressemble à quoi un ingénieur ?

L’ingénieur ne se départit jamais de ses lunettes et des ses cheveux en bataille ( « des ions manganèse Mn2+ sur ma tête, ca va pas non ? »). A ce titre, l’ingénieur peut être un peigne-cul. Voir un putain de Kevin. Mais, au fond, il reste fondamentalement un gros geek.

Non mais attends, parce que tu crois qu’après deux ans de maths spé, il te reste une once de « cerveau disponible » ? Et bien non ! Mais, j’aimerais t’y voir toi, lecteur avachi (redresse-toi un peu pour voir, tu ressembles à Raffarin là), à essayer de comprendre pourquoi l’inverse du logarithme népérien est égal à une fonction exponentielle ( ( ln(exp(x))=x pour les intimes).

Ca fait quoi, dans la vie, un ingénieur ?

Si l’ingénieur aime à résoudre des problèmes d’algèbres différentiels, ou quantiques pour les plus brillants d’entre eux, il est une équation que ces derniers n’ont pas encore réussi à résoudre : celle de la vie en société. Une vie sociale, très peu pour lui. L’interaction humaine consistant à ingurgiter de la liqueur de houblon, non merci. Seul le logarithme est son amiGuitar Heroes  son vrai refuge. A la rigueur, le cinéma, peut, à l’occasion de l’adaptation de Stargate ou de Transformer, le sortir de sa tanière.

De même, l’ingénieur ne lit point. « Un livre ? Arrête de déconner Jérôme, je dois finaliser ma « théorie des cordes« . Pourtant, Star Strek, Le seigneur des Anneaux, voir Harry Potter constituent la bible, l’ancien et le nouveau testament, auxquels les plus littéraires d’entre eux vouent un culte, peu compréhensible pour les profanes. (Je mets en italique, car qu’on ne vienne pas me dire qu’Harry Potter, en plus d’être un peigne-cul notoire, c’est de la bonne littérature. Un roman de gare à lire entre le sodoku et l’horoscope, tout au plus.) En résulte un vocabulaire spécifique, la novlangue de l’ingénieur, qui se base sur 3 théorèmes fondateurs, que voici:

  1. E= p. c2 + m2 c4 (c’est pourtant évident)
  2. Einstein est un gigantesque imposteur, c’est Poincaré qui a tout inventé.
  3. La matrice, c’est pas de la science-fiction, c’est juste l’apllication du 2ème postulat de la théorie dite «du chat de Schrödinger »

Où trouver l’ingénieur ?

Dans un cours d’option maths ? Dans une entreprise d’ingénieur, genre Texas Instrument ? Chez l’opticien ? Certes, oui. Mais, le plus sur moyen de rencontrer un ingénieur, c’est sur ICQ, qu’il vient d’installer sur son Linux. Mieux encore, si tu veux établir un contact pérenne avec l’ingénieur, il suffit de t’inscrire dans une guilde. Pour faire des quêtes. Quête d’expérience pour monter en Level certes, mais  aussi quête d’imaginaire, celui d’un monde fantasmé, échappatoire mythologique d’une réalité qu’il (les) rejette. En clair, pour les lecteurs non-geek qui ne l’auraient pas encore compris, l’ingénieur joue à WOW.

Le X, un parcours pas évident

Mais, avant de conclure, rendons à l’ingénieur, ce qui est à l’ingénieur. Alors bien sur, il est de bon ton de se moquer du l’étroitesse d’esprit de certains ingénieurs, dont le mode de vie s’apparente parfois à de l’autisme pur et simple. Cependant, il faut leur reconnaître d’indéniables qualités d’abstraction et de compréhension, forcément nécessaires pour survivre à 2 ans de math sup, puis à 40 ans de vie de bureau à pondre des postulats algébriques que personne ne comprend et dont tout le monde se fout.  Parce que n’empêche, c’est pas donné à tout le monde, d’être ingénieur.

T’as fièrement  validé  160 crédit ECTS et tu crois que t’en as chié ? Laisse-moi rire quelques millisecondes. Rien, mais alors rien, dans le système académique français n’atteinds un tel degré de difficulté et de complexité que les études d’ingénieurs. Khagne/hypokagne ?  De la branlette pour chevelus crasseux.  C’est un peu comme les fanfarons qui font les fiers avec leur 16 au bac de math alors qu’ils sont en ES et qui t’affirment que les maths en ES c’est vraiment aussi dur qu’en S. Ne cherchez pas, ca n’a rien à voir…

Papa, maman, j’ai quelque chose à vous avouer :  je suis ingénieur

Steve Job, le plus fameux ingénieur du 20ème siècle aurait déclaré : « Le monde de demain sera un monde d’ingénieur ou ne sera pas. ». Je ne sais pas si sa prévision aura autant de succès que ses modèles de computer design en vogue dans les cabinets d’orthodontistes, mais je suis sûr d’ une chose : si ma fille ou mon fils m’annonce, un jour, qu’il veut devenir ingénieur, je le déshérite

PS : si tu as apprécié ce papier, je te conseille de regarder d’urgence « The Big Bang Theory » (dont voici l’acteur principal), l’équivalent d’HIMYM pour les geeks…

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L’école de commerce

Ah les écoles de commerce : l’excellence dans la diversité, l’intelligence au service des entreprises, les pensées de Smith, Locke (le philosophe, pas le chauve, ignare) et Hayek en filagrane d’un parcours dédié à la grandeur du marché. Ben voyons, et si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle

Kro-merce équitable

Non, soyons sérieux quelques instants. Les écoles de commerce représentent, avec l’université, la honte du système éducatif français. Et encore, je ne suis pas sur qu’à ce niveau là, l’adjectif « éducatif » soit le plus adapté. En effet, la seule connaissance consolidée d’un élève sortant d’une école de commerce, c’est le taux d’alcool d’une bouteille de Ricard. J’exagère ? Pas du tout. Pour le commercial, l’apéro est un mode de vie, le jaune son ami, la cacahuète aussi. Alors autant dire qu’en matière de dosage, il s’y connait le bougre. 2 tiers (d’alcool), 1 tiers (pour le goût), pas plus que le bord, et hop direction la cuvette. « Un apéro presque parfait ? » Un concept inventé en 1983 dans une résidence, avec wifi, laverie et Figaro de L’ISC Nantes, dont le succès ne s’est jamais démenti depuis lors. « La biture express » ? Pareil. En clair, le commercial passe son temps à se murger, à se mettre des énormes valises que même Roger, pilier du bar PMU de Chalons en Champagne, n’oserait pas se mettre. Le vomi ne lui fait pas peur, au contraire, vomir, c’est repartir. Manger c’est tricher. Tu bois ou tu t’en vas. Bref, je vous laisse imaginer tout le lyrisme, véritable foisonnement de poésie moderne, émanant de ces soirées avinées.

Vous préférez pas un whisky d’abord ?

Alors, forcément, les comas éthyliques, ca laisse des traces. Et c’est là que le bas blesse. Parce qu’à part parler des stocks options de son père (oui, le commercial est souvent un fils à papa) et de critiquer le système crypto-marxiste français qui étrangle les entreprises à cause de taxes étatiques injustifiées (oui, le commercial est souvent un gros con de droite), le brave commercial ne s’intéresse à rien. La politique ? Inutile, on n’y gagne pas d’argent. La culture ? Inutile, on n’y gagne pas d’argent. Le sport ? Pourquoi pas, on y gagne plein d’argent. Car oui, ce n’est pas un cliché que d’affirmer, que le commercial ne fait des études uniquement que pour s’assurer un brave poste dans une brave entreprise et ainsi reprendre l’héritage familiale fait de Zafira (ou de BMW coupé en cas de commercial jackie, cela existe) et de bichons frisés. Et en dépit d’un niveau scolaire déplorable, d’une incapacité à exprimer une idée sans citer IS/LM, ben oui, le commercial arrive à truster les postes en entreprises. Enfin, représentant chez Darty, VRP chez Brico-Marché ou comptable chez Bouygues-Télécom, cela n’a jamais fait bander personne, sauf les commerciaux…

Vous avez dit peigne-culs ?

Le commercial est, pour la plupart, très tôt, un gros peigne-cul. A cet égard,  l’école de commerce constitue une véritable pépinière de jeunes talents, où le peigne-cul peut évoluer en toute quiétude parmis ses semblables. Je suis désolé, mais si à 22 ans, tu portes des bretelles sous ton costard et des mocassins en cuir pour aller en amphi, alors oui, tu fais partie de la race des peignes-culs. Alors après, il est vrai que le commercial, ou la commerciale, aime à s’habiller fashion. Cela lui permet de se différencier des crasseux de la fac et de faire le kéké en boîte sur du David Guetta, le son préféré du commercial. Mi fashion, mi peigne-cul, ne cherchez pas plus le loin le succès des branches « Jules » et « Jennifer ».

La faute à qui ?

Les écoles de commerce en en-elles même sont déjà responsables. Déjà, la course aux classements, c’est complément débile : c’est un peu le revival du Top-But téléfoot ou, pire, celui du top 50 de Charly et Lulu. Vous me direz, à 10 000 euros l’année et des diplômes en houblons, ils peuvent bien s’inventer des classements pour se faire mousser (oui, oui, vous ne revez pas, c’est bien une métaphore filée). Et puis, à force de se prendre pour des écoles anglo-saxonnes avec des anglicismes à la Jane Birkin comme « school of management », « grad student school »« business mangement school », pas étonnant que les étudiants y deviennent aussi autiste que les ingénieurs après deux ans de maths spé. Sauf qu’un ingénieur n’arrivera jamais à vous vendre l’intégrale de la collection « Fais-moi peur » à coup de bon de réductions Carrefour. En clair, un ingénieur, au moins, il ferme sa gueule. Car ne l’oublions pas, le commercial à une propension, assez énervante, à l’ouvrir. Et constamment, en plus. La logorrhée des commerciaux est-elle innée ou instruite dans les écoles de commerce ? Voici bien une question qui reste en suspens…

Je dis tout cela d’autant plus facilement que j’intègre une école de commerce l’année prochaine…

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Le peigne-cul

Non, le peigne-cul n’est pas un coiffeur pour dames. Ni un démêloir pour follicules pileux postérieures récalcitrants. Le très sérieux, malgré sa couleur de cheveux, Larousse le définit comme un « individu méprisable ou ennuyeux » (ignare).  Difficile pourtant de se satisfaire d’une telle définition, tant le peigne-cul est un être singulier, à la personnalité plurielle et pleine de richesses (au propre, comme au figuré d’ailleurs).

Comment reconnaître un peigne-cul ?

Le peigne-cul, c’est avant tout une apparence savamment orchestrée. Son allure de citadin petit-bourgeois lui permet de se démarquer de la rustique populace des quartiers prolétaires. Son look se décompose autour des 3 C : contenance, chaussure, cheveux.  Ainsi, quand il ne porte pas de chandail bleu ciel, le peigne-cul arbore une chemise saumonée, agrément de caractère à sa veste de costard noir en queue de pie. Le soulier est en cuir, noir toujours, style Richelieu. Enfin, sa coiffure est estampillé Franck Provost, shampoing et brushing inclus dans le prix. D’ailleurs, le peigne-cul ne se départit jamais, quelque soit la circonstance, de sa raie, portée fièrement, à droite bien entendu…

A quoi sert un peigne-cul ?

Le peigne-cul ne sert à rien. Enfin, si son apport pour la communauté est nul, le peigne-cul n’oublie pas, comme tout bon capitaliste qui se respecte, de se servir lui-même. Ainsi, le peigne-cul truste bien souvent les postes rémunérateurs, ou bien, à défaut, les postes sans pression intêrets : comptable, expert des marées chaussés, ingénieur télécom, ingénieur tout court, chargé d’études documentaires, expert comptable, accompagnateur de tourisme équestre, etc etc. Faisant valoir d’indéniables qualités de respect et de révérence envers la hiérarchie, le peigne-cul s’assure ainsi la bienveillance du patron. Le peigne-cul n’a donc pas peur de passer pour un mange-boule, car la flagornerie fait partie de sa nature profonde.

Cependant, le regard des autres, le peigne cul n’en a cure ; car oui, le peigne-cul t’emmerde profondément (sauf à être un de ses supérieur hiérarchique)

Les activités du peigne-cul

Le peigne-cul aime à se cultiver. C’est pourquoi ce dernier lit quotidiennement le Figaro. Et regarde attentivement TF1 et  Laurence Ferrari  (même s’il regrette la rigueur de PPDA) à 20 heures. Mais attention, le peigne-cul n’est pas un beauf enchainant l’abrutissant triptyque « Roue de la Fortune », « Point-Route », « Journal de 20h ». Non, le peigne-cul est tout simplement attaché à la qualité éditoriale et à l’éthique de la rédaction de la première chaine.

Par ailleurs, les peignes-culs se retrouvent généralement lors de vernissages d’artistes vietnamo-slovaques ou pakistano-lettons. Bien que la polémique n’existe pas dans la vie du peigne-cul, les peigne-culs aiment échanger ,avec d’autres peignes-culs, de moraline et de bien-pensance autour d’une œuvre aussi abstraite qu’une fonction inverse du logarithme népérien.  (« le carré noir sur fond blanc de Kazimir Malevich » par exemple).

A noter : le peigne-cul ne fait pas de sport. Ou à très faible niveau seulement (golf, aviron exceptés). Car le peigne-cul exècre le sport depuis les cours d’EPS du collège, où comme tout bon peigne-cul, il dût essuyer moqueries et colibets  de ses petits camarades du fait de sa gaucherie de peigne-cul.

De quoi discuter avec un peigne-cul ?

De barbecue et  du tour de France Cochonou ? Bien sur que non. Avec le peigne-cul, tu discutes art et mièvrerie. Le dernier Anna Gavalda ou Marc Levy est bien souvent au cœur des discussions, tant l’intrigue et l’insoutenable suspense qui s’en dégagent, méritent une amicale dissertation sur une terrasse d’un troquet sur les bords de Seine de Levallois. Calogéro, Carla Bruni, Cali et autres chanteurs à textes et à voix seront à coup sûr également abordés dans ces « chit-chat » à la mondanité prévenante.

La pensée politique du peigne-cul

Enfin, la pensée politique n’est pas exempte du raisonnement du peigne-cul. Prêchi-prêcha parfois gauchisant, droitisant souvent ( les jeunes pop en sont bourrés), le peigne-cul se démarque avant tout par une remarquable capacité d’émotion et de dénonciation des vrais problèmes de notre société. N’écoutant que son courage, le peigne-cul manifeste contre la guerre, se dresse contre le cancer et s’érige en dernier rempart contre la faim dans le monde. Plus encore, le peigne-cul refuse l’injustice et la pauvreté, et n’hésite jamais à crier au loup, que dis-je au racisme, voir à l’antisémitisme à la moindre envolée lyrique d’un de nos dirigeants ou artistes qui dépasseraient la ligne jaune. Car oui, le peigne-cul a des valeurs, et n’hésite pas à les défendre : la survie de son monde, celui des gentils hommes, en dépend !

Synonymes

– Mange- boule
– Peigne-derche
– Peigne-zizi
– Pinces-fesses
– Cul-serré
– Cul-cousu

Peigne-culs célèbres

– Xavier Bertrand
– Jean Sarkozy
– CRIF
– CRAN
– toutes les ONG anti quelque chose
– Jean-Pierre Pernault
– Bernard de La Villardière